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Financement/Création La BPI apportera son soutien à la filière agroalimentaire

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Pierre Moscovici a présenté le 17 octobre les grandes lignes de la future Banque publique d’investissement (BPI), créée pour financer les PME prometteuses et dont l’ambition est de contribuer à développer en France des filières d’avenir. Le ministre de l’Economie a, lors de la présentation à la presse, rappelé que cet outil a pour but de « structurer le soutien financier aux filières stratégiques pour l’économie du pays : transition écologique et énergétique, économie sociale et solidaire, développement des entreprises dans les zones urbaines défavorisées ». Dans un entretien publié par le Monde du 20 octobre, Jean-Pierre Jouyet, futur président de la BPI, a précisé que, « les filières de croissance durable seront privilégiées, telles l’innovation et l’agroalimentaire ». Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, s’est par ailleurs félicitée de ce qu’un volet international avait été ajouté, « ce qui n’était pas acquis en juillet dernier ».

L’objectif de la banque est d’offrir trois services aux entreprises : une mission d’accompagnement global mais individualisé à tous les stades de leur développement, la distribution des produits à l’export et le soutien à l’innovation. Pour le ministre, cela se fera « très concrètement en constituant des fonds sectoriels dédiés pour investir dans les entreprises d’une filière ». Encore plus concrètement, la banque disposera d’une force de frappe de 42 milliards d’euros et ouvrira ses portes en début d’année, lors de son premier conseil d’administration qui se tiendra en province, pour bien montrer qu’elle « n’est pas un machin parisien, lointain et lourdement étatique, mais une structure qui associe en un partenariat étroit l’Etat et les régions », selon les termes de Pierre Moscovici. Quelque 90% des décisions devront être prises en région. Cette somme se répartira en 20 milliards d’euros destinés à être prêtés, 12 milliards serviront de garanties et 10 milliards d’euros seront consacrés à des investissements en fonds propres sur le quinquennat. Cette banque souhaite répondre à trois défaillances du financement de l’économie, selon Pierre Moscovici. Défaillance financière par le resserrement du crédit aux PME industrielles, défaillances institutionnelles par un « empilement des outils et interlocuteurs », défaillances stratégiques dues à un trop grand éparpillement à l’absence d’une vision globale.
 
Un guichet unique par région et aide à l’export
La BPI doit réunir dans chaque région, sous un guichet unique, les services de l’actuel Fonds stratégique d’investissement qui prend des participations dans des sociétés françaises stratégiques, la banque publique des PME et de l’innovation Oséo et CDC Entreprises, filiale de la Caisse des dépôts. Elle servira à promouvoir des filières d’avenir, a expliqué le ministre. « Tout en étant un financeur avisé, elle doit être moins préocupée de la rentabilité à court terme », a-t-il ajouté. Il faut « une autre approche du risque », a surenchéri Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, pour qui la banque doit « être une banque de terrain pour la vie quotidienne des entreprises et particulièrement des PME ». Le volet export n’a pas été oublié, s’est félicitée Nicole Bricq. « La BPI distribuera les produits Ubifrance dont les personnels de région pourront être mis à sa disposition, dans un guichet unique. À terme, Ubifrance pourrait être organiquement intégré à la BPI ». Une éventualité qui n’est pas sans déplaire à Benoît Tarche, chef du département agroalimentaire de l’agence pour qui « c’est en effet une excellente perspective pour améliorer encore l’efficacité de nos actions auprès des exportateurs puisque ces guichets BPI positionneront directement nos équipes sur le terrain ». Elle pourrait également nouer un partenariat avec l’assureur-crédit privé Coface pour la partie gérée pour le compte de l’Etat, selon une source gouvernementale.
 
Un holding à deux têtes
La BPI sera constituée d’un holding ayant le statut de compagnie financière, dont l’Etat et la Caisse des dépôts et consignation seront actionnaires à parité. Elle sera gouvernée par un conseil d’administration présidé par le directeur général de la CDC, Jean-Pierre Jouyet, et sera dirigée, sur le plan opérationnel, par un directeur général exécutif, désigné par l’État. En tout état de cause, ce devrait être Marc Dufourcq, actuel directeur général adjoint de Capgemini qui devrait être confirmé à ce poste, début janvier lors du premier conseil d’administration. Ce dernier présidera également toutes les autres filiales du groupe, comme le FSI ou Oséo. Enfin pour mieux souligner l’association des régions à la gouvernance nationale du projet, celles-ci disposeront de deux représentants au sein du conseil d’administration. Alain Rousset, président de l’Association des régions de France depuis 2004 et du conseil régional d’Aquitaine depuis 1998, est appelé à présider le comité national d’orientation de la BPI. Enfin, Pierre Moscovici a émis le souhait pour l’avenir que la banque puisse évoluer « en articulation plus étroite avec les instruments européens comme la Banque européenne d’investissement ».

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