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Diversification La Caisse des Dépôts envisage des paiements aux actions de biodiversité

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La Caisse des Dépôts envisage des paiements aux actions de biodiversité, a-t-elle annoncé le 5 mars, lors d'une table ronde organisée à l'occasion du lancement d'une nouvelle collection « Les Cahiers de Biodiv' 2050 », à destination des experts. Il s'agirait pour les agriculteurs, forestiers et propriétaires fonciers, d'être rémunérés par des entreprises, pour les investissements qu'ils réalisent pour la biodiversité, au-delà de leurs obligations.

LA CAISSE des Dépôts envisage des financements pour ceux qui ont comme projet d'investir dans la biodiversité, a-t-elle exposé lors d'une table ronde. Cette réflexion qu'elle mène consiste à mettre au point des financements privés, en provenance d'entreprises de secteurs tels que l'alimentation, la pharmacie, la cosmétique, l'eau, l'aménagement du territoire. Des entreprises qui, pour des raisons diverses, doivent intervenir sur la biodiversité.

Travailler avec les agriculteurs et non pas contre

Le principe de ces financements, baptisés aussi Paiements pour services écosystémiques (PSE), est de travailler avec les agriculteurs, plutôt que de les contraindre par des taxes et des sanctions : « Si une pratique agricole est favorable à la vie d'un papillon en Aquitaine, introduire cette pratique dans un cahier des charges des exploitations donne un meilleur résultat » que la menace de taxation des agriculteurs récalcitrants ou leur expropriation, a commenté Laurent Piermont, directeur de la Biodiversité à la Caisse des Dépôts.

Précision importante : la rémunération de bonnes pratiques agricoles additionnelles à la réglementation est conçue, dans l'esprit de la CDC, non pas comme une indemnisation de pertes de revenus pour un agriculteur (par exemple remplacement de maïs par du blé fourrager ou une légumineuse), mais comme un accompagnement à l'investissement alternatif conduit par un agriculteur.

Il ne s'agit pas non plus pour les entreprises de compenser des atteintes à la biodiversité qu'elles auraient commises ailleurs. La compensation est un mécanisme déjà pratiqué par la « Mission économie de la biodiversité » de la Caisse des Dépôts. L'institution bancaire a passé une centaine de contrats avec des agriculteurs ou des forestiers, sur plusieurs milliers d'hectares, a rappelé Laurent Piermont. La Caisse des Dépôts a mis en l'occurrence en place des compensations à des impacts générés par la construction d'autoroutes ou de voies ferrées : le constructeur ou l'exploitant de l'ouvrage détecte une espèce d'animal ou de plante à protéger, sélectionne une pratique agricole à modifier (implanter une luzerne à la place d'un maïs, exemple cité) et compense la charge supplémentaire ou le moindre bénéfice de l'agriculteur. La compensation découle d'une obligation fixée par une loi de juillet 1976 sur le pollueur-payeur.

Obtenir des entreprises leur consentement à financer la biodiversité

Cette fois, l'idée est d'aller au-delà de la compensation. Il s'agit pour des entreprises qui utilisent la biodiversité, de comprendre que c'est un patrimoine qui se raréfie et qu'il faut préserver, voire cultiver. La table ronde du 5 mars a évoqué les nombreuses questions juridiques à résoudre : quels outils juridiques appliquer pour rémunérer les investissements : de droit public ou de droit privé, et avec quels dosages ? Quelles servitudes de droit privé, et comment les rémunérer ? Quels outils fiscaux mettre en place ? Ces réflexions sur les outils à mettre en place seront diffusées dans une étude à paraître en avril.

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Mais tout l'enjeu de la réflexion est de faire contribuer des entreprises au financement de ce bien collectif qu'est la biodiversité, a indiqué Aurélien Guingand, chargé d'études à la Mission économie de la biodiversité. « Leur consentement à payer dépendra de leur degré de dépendance à la biodiversité. Le pré-requis est qu'elles prennent conscience qu'elles bénéficient de services pour l'instant gratuits, mais en voie de raréfaction ». L'évaluation de leur dépendance à la biodiversité peut se faire sur un territoire bien délimité, avec un nombre d'entreprises concernées restreint. À cette échelle, il sera plus facile d'intéresser les entreprises à l'investissement dans la biodiversité. Un exemple inspirant la construction de Paiements pour services écosystémiques est celui de Vittel dans les Vosges il y a une quinzaine d'années. Vittel, des groupements de producteurs, l'Inra et des collectivités locales se sont mis autour d'une même table pour mettre au point des outils nouveaux, mixtes entre les baux environnementaux et les aides directes au changement de pratiques. Un autre exemple cité lors de la table ronde du 5 mars est celui de la ville de New-York, qui a préféré passer contrat avec des agriculteurs, en amont de la ville, pour l'alimentation en eau pure, plutôt que d'approvisionner ses habitants de l'eau épurée après avoir été polluée.

Les débuts d'un centre de chercheurs et d'industriels pour la biodiversité

Un centre de chercheurs et d'industriels pour la biodiversité, unique au monde, est en train d'éclore en France, à Senlis, a montré le dernier rendez-vous trimestriel des Mardis de l'environnement, qui s'est tenu le 4 mars. Ce type de rendez-vous est organisé par la Fondation Ricard.

Ce centre de chercheurs et d'industriels pour la biodiversité, appelé Ceebios, est le Centre européen d'excellence en biomimétisme de Senlis. Il est pluridisciplinaire dans tous les sens du terme : il rassemble industriels de nombreux secteurs différents (engrais et pesticides, photosynthèse, chimie du végétal, permaculture, bio-ciment, micro-matériaux, phyto-épuration, écologie industrielle, programmation informatique) et des scientifiques de ces secteurs multiples. Il propose déjà des formations et projette d'organiser des séminaires et des conférences, pour son compte ou pour le compte de structures extérieures.

Le biomimétisme consiste à « utiliser le savoir-faire accumulé par 3,8 milliards d'années de R&D (recherche et développement) par la nature, au lieu de chercher à le remplacer », a souligné Tarik Chekchak, directeur sciences et environnement de l'équipe Cousteau. De son côté, Louis-Albert de Broglie, créateur d'une micro-ferme au château de la Bourdaisière, en Touraine, qui est proche de l'esprit du Ceebios, croit pouvoir indiquer qu'il est possible de mettre au point une agriculture productive, avec peu d'intrants et développant des centaines de milliers d'emplois par la vente de produits de haute qualité.