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VINS ET SPIRITUEUX/RÉSULTATS La Chine et les devises plombent les résultats annuels de Pernod Ricard

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Les résultats annuels de Pernod Ricard, conformes aux attentes, témoignent de ses difficultés en Chine et d'effets devises importants. Les dirigeants anticipent une amélioration progressive de l'activité sur l'exercice en cours. Ils ont par ailleurs confirmé la mise en place du plan Allegro et ses premiers effets sur les comptes. Ce plan qui se traduira par 150 millions d'euros d'économies récurrentes sur 3 ans, entrainera 900 suppressions de postes à travers le monde, dont une centaine nette en France.

LA Chine et l'évolution des devises ont eu raison des résultats 2013/2014 de Pernod Ricard. Le groupe de vins est spiritueux a annoncé pour l'exercice écoulé (clos le 30 juin), un résultat opérationnel courant de 2,05 milliards d'euros (+2 % de croissance interne), pour un chiffre d'affaires en repli de 7% à 7,94 milliards d'euros (stable à périmètre et change constants). Une performance obtenue dans un environnement difficile, « en ligne avec les objectifs de février dernier et délivrée sans compromis sur les prix et avec des niveaux de stocks sains », a tenu à souligner le directeur général Pierre Pringuet, qui quittera l'entreprise comme le veulent les statuts, en février prochain, après avoir fêté ses 65 printemps. Il laissera les rênes à Alexandre Ricard, actuel directeur délégué et petit fils du fondateur Paul Ricard.

BONNE TENDANCE DES MARCHÉS MATURES

Dans le détail par marchés, l'activité de Pernod Ricard a été sérieusement pénalisée par la Chine, où les ventes ont baissé de 23 %. De fait, hors Chine, les marchés émergents qui enregistrent une baisse de 2 %, auraient pu croître de 7 %. Sur les marchés matures, « la tendance est bonne », avec une croissance interne de 1 %. L'effet devises a un impact négatif « historique », selon les dirigeants, de 535 millions d'euros (soit - 6 %) sur le chiffre d'affaires total.

Par zone géographiques, en Asie-Reste du Monde (38 % des ventes), l'Inde enregistre une excellente performance (+17 %) notamment, tirée par ses whiskies locaux. La division Amérique (27 %) montre un ralentissement aux Etats-Unis et une année difficile pour la vodka Absolut (-2 %) (1) compte tenu d'une concurrence très vive sur ce marché, à l'inverse du Brésil où la marque enregistre une bonne performance (+ 19 % dans une catégorie à + 11 %) (1). En Europe (35 %), la France (+3 %) se porte bien dans un marché toujours très concurrentiel, alors que plus à l'est, la Pologne, la République Tchèque et le Kazakhstan enregistrent globalement de belles performances.

Dans le Top 14 (62 % du chiffre d'affaires), l'effet prix (2 %) reste solide et Jameson, le premier contributeur à la croissance du groupe (+12 % en interne, dont 9 % en volumes) continu de tenir ses promesses. Après 25 ans années consécutives de croissance, le groupe a pour ambition de doubler les ventes de cette marque à plus de 1 milliard d'euros en 2020.

(1) données Nielsen en volumes à fin juin 2014

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PLAN ALLEGRO : UNE CENTAINE DE SUPPRESSIONS DE POSTES EN FRANCE

Lancé il y a un an, le plan Allegro, repose sur trois axes majeurs : priorisation, simplification et mutalisation, et vise à améliorer l'efficacité opérationnelle de Pernod Ricard. Déjà effective dans certains pays, sa mise en œuvre se poursuit dans l'hexagone. Allegro entrainera environ 900 suppressions de postes dans le monde (sur un total d'environ 19 000 personnes), essentiellement en Thaïlande et au Venezuela, dont une centaine nette en France, « en fonction de la mobilité des salariés », ont précise les dirigeants. Le siège de Pernod à Créteil perdra en effet 130 postes, alors que 60 postes sont ouverts à Marseille, chez Ricard qui deviendra le centre administratif et financier des deux groupes, chacun conservant toutefois son propre réseau de distribution.

Au niveau du holding, ce plan aura également pour conséquence une simplification des instances de direction avec le non-remplacement à l'issue du départ de Pierre Pringuet, des deux directeurs délégués adjoints. Ces restructurations devraient aboutir d'ici novembre. Le groupe compte réaliser 150 millions d'économies annuelles par an sur trois ans. Sur 180 millions d'euros total de coûts de mise en œuvre, 119 millions ont déjà été pris en compte sur l'exercice écoulé. Le groupe prévoit d'utiliser un tiers de ces économies dans la promotion de ses marques.

BAISSE DE LA DETTE NETTE

La poursuite de la « premiumisation » des marques de spiritueux et de champagne de Pernod Ricard, qui est au cœur de sa stratégie et une bonne maîtrise des coûts, joue sur la marge brute (62,8 %). À noter que sur les quatre dernières années, les investissements publi-pro-motionnels rapportés au chiffre d'affaires de Pernod Ricard sont stables autour de 19 %, « l'un des ratios les plus élevés de la profession », ont souligné les dirigeants. La marge opérationnelle est restée élevée à 25,9 %, affichant la plus forte croissance interne depuis 4 ans, malgré une activité moins dynamique. Le résultat net (part du groupe) cède 13 % à 1 milliard, sous l'effet principalement du coût de la mise en œuvre d'Allegro (lire ci-contre). Le dividende sera maintenu à 1,64 euro. Enfin, le groupe a réduit sa dette nette de 374 millions d'euros, à 8,35 milliards.

Pour l'exercice en cours, dans un environnement qui reste tendu, les dirigeants se veulent néanmoins confiants. Ils anticipent « une amélioration progressive de la croissance de ventes » et « un contexte de change plus favorable ». Le groupe s'exprimera plus avant sur ses perspectives pour 2014/2015 lors de la publication de son chiffre d'affaires pour le premier trimestre, le 23 octobre prochain.