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Conseil international des céréales La Chine et l’Inde s’organisent pour moins dépendre des importations

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Au moment où les nouveaux projets de politiques agricoles en Europe et aux Etats-Unis tendent vers moins d’intervention publique, les pays émergents redoublent d’efforts pour développer leur productivité en agriculture. L’intervention de représentants indiens et chinois lors du Conseil international des céréales (CIC) à Londres le 7 juin a ainsi montré l’émergence de politiques agricoles puissantes dans ces pays. Un moyen pour eux de moins dépendre des importations et d’encaisser de façon plus efficace les aléas de marché.

Les deux moteurs de la consommation mondiale de produits agricoles, la Chine et l’Inde, ont développé d’importantes actions publiques afin de mieux subvenir à leurs besoins alimentaires, mais aussi de se permettre d’étaler leurs importations, voire de les décaler, en cas de fortes hausses des cours. Ainsi, Bingzhou Cheng, directeur général de la China Grain Reserves Corporation (Sinograin), a indiqué que la Chine produisait aujourd’hui presque assez de céréales pour sa consommation. Cependant, le problème d’une demande croissante en oléagineux, comme le soja en Chine, reste présent.

La Chine veut éviter de subir les aléas de marché
« La Chine nourrit 22% de la population mondiale avec 9% des terres arables du globe », a expliqué Bingzhou Cheng. Cependant, il n’a pas évoqué l’externalisation des productions agricoles chinoises par l’achat ou la location de terres agricoles à l’extérieur du pays. Une forme de bluff pour certains opérateurs présents ce jour-là, qui considèrent que la Chine, pour ne pas alarmer les marchés oùt ses importations font les prix, reste opaque sur ses disponibilités en denrées agricoles. Pourtant, Bingzhou Cheng reconnaît que le pays va voir s’accroître ses besoins en maïs et en soja dans les prochaines années en raison d’une hausse de sa demande en produits carnés. Mais, là où l’Europe et les Etats-Unis font marche arrière, la Chine avance en mettant d’importants moyens dans des instruments publics de régulation de son agriculture. « Le gouvernement consacre aujourd’hui d’importantes ressources au soutien des prix agricoles à la production, dans un objectif d’autosuffisance, et le stockage », souligne Bingzhou Cheng. Si le spécialiste a évité d’indiquer des chiffres sur les stocks agricoles chinois, le pays, par la constitution d’importantes capacités de stockage, se donne aussi la liberté de ne pas avoir à importer des céréales ou des oléagineux lorsque les prix s’envolent. Aussi, la Chine mettrait d’importants moyens pour développer les zones agricoles rurales du pays. Avec une demande de maïs à l’importation qui est passée de 300 000 t à 7 Mt en trois ans le pays a tout intérêt à veiller au grain.

L’Inde soutien la consommation des ménages vulnérables
L’Inde pratiquerait le même type de stratégie publique de contrôle des prix, d’accroissement des capacités stratégiques de stockage et de subvention de son agriculture : c’est en tout cas ce qu’a indiqué D.K. Bhalla, du département de l’alimentation et de la distribution publique du gouvernement indien. « L’agriculture constitue 15% du produit intérieur brut et emploie 58% de la population », explique-t-il en soulignant l’aspect stratégique du secteur pour son pays. L’Inde a en plus agrémenté sa politique agricole d’une stratégie de distribution alimentaire aux plus vulnérables « avec 500 000 magasins dans tout le pays bénéficiant à 180 millions de ménages ». Selon D.K. Bhalla, 30% des productions de blé et de riz du pays vont au système d’aide alimentaire. D’ici 2016-2017, le spécialiste estime que l’Inde pourrait amener son excédent céréalier, principalement riz et blé, à 24,53 Mt, mais qu’en revanche le déficit en légumineuses s’accroîtrait pour atteindre les 32 Mt. « Le gouvernement a créé une loi sur la sécurité alimentaire permettant l’accès aux ménages vulnérables aux céréales alimentaires, les deux tiers de la population en bénéficies », explique D.K. Bhalla. À l’heure où l’Europe ou les Etats-Unis se désengagent des politiques de soutien à l’agriculture, remettant la gestion des aléas aux assurances privés, les pays désormais émergés lancent des programmes ambitieux visant leur autonomie alimentaire. Un gage à terme d’un équilibrage des niveaux de production dans le monde, avec une agriculture qui répondra aux marchés dans les pays dits du nord, et des pays dits du sud qui pourront, par leurs productions domestiques, mieux répondre à leurs besoins, et, grâce au stockage, mieux gérer les aléas sur les marchés mondiaux d’importation.

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