L’envolée des achats chinois à travers le monde, tant en volumes qu’en valeur, offre un répit salutaire à la production porcine européenne. Une « bouffée d’air », alors que la consommation européenne de porc est à nouveau annoncée en baisse pour 2016 et que le secteur est toujours en proie à une lourde surproduction. Une bouffée d’air à relativiser. Le prix moyen annoncé par l’Ifip pour 2016 reste proche de celui de 2015 (+1 %), déjà bien inférieur aux années passées. Selon les économistes de la filière, le niveau élevé des achats chinois devrait se poursuivre au moins jusqu’à la fin de l’année.
À chaque grand bassin de consommation, son cycle du porc, son propre rythme de périodes de surproduction et de sous-production. Celui de la Chine, premier producteur et consommateur mondial – entre 500 et 600 millions de porcs abattus par an, sur 1 milliard dans le monde – est en décalage avec celui de l’Europe ; les deux cycles sont même parfaitement à contretemps. Alors que la Chine est au plus bas de sa production (- 5 millions de truies depuis un an et demi), l’Europe est au plus haut de sa production (stable en têtes sur le premier trimestre 2016, après plusieurs années de hausse). À l’instar du décalage horaire qui sépare les deux continents, le marché chinois du porc est en avance sur l’Europe ; la Chine traverse depuis deux ans la période de baisse de l’offre. « La faible rentabilité de la production chinoise entre 2013 et 2015 a entraîné la restructuration du secteur. Les petits producteurs, qui représentent environ 15 % de la production, ont particulièrement souffert », retrace l’Ifip. Un phénomène qui débute en Europe, notamment dans les pays de l’Est comme la Pologne, si bien que la production européenne devrait commencer à baisser au cours de l’été, malgré la dynamique de l’Espagne pour encore quelques mois.
L’envolée des importations chinoises partout dans le monde
Avec de l’avance sur l’Europe, la production chinoise a suffisamment baissé pour que les prix repartent à la hausse sur le marché intérieur (voir graphique). C’est ce qui explique l’envolée récente des importations chinoises. L’Europe – mais aussi le Canada et les Etats-Unis – voit les exportations vers la Chine exploser depuis le début de l’année. Les chiffres sont éloquents : au premier trimestre 2016, la Chine a importé 567 000 tonnes de produits de porcs et est en passe de devenir, en 2016, le premier importateur mondial devant le Japon – dont les importations progressent également. Ses importations depuis l’Union européenne ont doublé ; l’Allemagne est devenue le premier fournisseur de la Chine avec 124 000 tonnes. « Sa progression est spectaculaire par rapport aux trois premiers mois de 2015 (+70 %) », note l’Ifip. Les exportations françaises vers la Chine n’atteignent que 35 000 tonnes au premier trimestre 2016, en hausse tout de même de 121 % par rapport à la même période de 2015. Les abattoirs français pécheraient par le nombre de centres de stockage agréés pour l’exportation vers la Chine. Ce qui réjouit d’autant plus les exportateurs du monde entier, c’est qu’au-delà des volumes, la valeur des produits demandés par les Chinois a sensiblement progressé ces derniers mois. Habituellement constitués d’abats, les achats chinois portent de plus en plus sur des pièces. « Depuis plusieurs années, et jusqu’à mi 2015, les abats représentaient près des deux tiers des volumes et les viandes le tiers restant, observe l’Ifip. Au premier trimestre 2016, la part des abats s’est réduite à 45 % du total et les viandes ont grimpé à 52 % ».
Incertitudes sur le redémarrage de la production chinoise
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La production chinoise va probablement connaître sa première hausse en 2017, après avoir connu deux baisses consécutives en 2015 (-3 %) et en 2016 (-2,5 %). À la faveur des prix élevés, les investissements de l’Empire du milieu dans de nouveaux bâtiments ont repris : « La bonne rentabilité que connaît actuellement l’élevage devrait conduire à une relance de la production […] De grandes unités sont en construction, souvent intégrées dans des entreprises détenant plusieurs maillons de la filière », indique l’Ifip. Toutefois quelques inconnues subsistent, qui ne permettent pas de prédire précisément la vitesse du redémarrage chinois. « Des contraintes environnementales et la concurrence pour les surfaces de construction handicapent le développement de nouveaux sites, rapporte l’Ifip. Le retour des petits détenteurs reste imprévisible ». Si bien que les importations devraient rester élevées, « selon les analystes de marché… au moins jusqu’en fin d’année 2016 », estiment prudemment les Français. Si les conditions de marché, notamment de change, sont favorables à l’Europe actuellement, la concurrence internationale devrait s’accroître dans les prochains mois, notamment de la part des Etats-Unis et du Canada, qui entrent actuellement en période de surproduction – alors que l’Europe y est depuis fin 2014.
Un prix français qui devrait légèrement progresser (+1 %)
En fin de compte, le prix devrait se stabiliser ou gagner 1 % sur 2016, a annoncé l’économiste de l’Ifip, Estelle Antoine. Les achats chinois devraient tout juste compenser la baisse de la consommation à nouveau annoncée pour 2016 en Europe (-0,5 %) et la lourdeur, toujours persistante de la production, si bien que le prix moyen annoncé pour 2016 reste proche de celui de 2015 (+1 %). Toutefois le prix sera, comme toujours dans le cochon, très dépendant des conditions climatiques, notamment durant les beaux jours. Estelle Antoine rappelle que les prix bas constatés l’été dernier au cadran breton étaient pour partie liés au mauvais temps qui avait régné sur l’Europe du nord à cette période. Il faut enfin rappeler que, même s’il se stabilise, voire progresse par rapport à 2015, le prix de 2016 reste scotché à un niveau très bas par rapport aux années précédentes : « Sur la période 2011-2014, le prix avait gagné 20 % par rapport à 2000-2010, et l’aliment 50 %, retrace Estelle Antoine. Sur la période 2015-2016, il est redescendu au niveau de 2000-2010, mais pas l’aliment ». Ainsi, les importations chinoises apportent une « bouffée d’air » pour la production française, mais les fondamentaux restent mauvais, et la disparition d’une partie des producteurs français paraît aujourd’hui inéluctable. « C’est à la fin d’une crise que se soldent les comptes, résumait le président de la FRSEA Bretagne Thierry Coué, lors de l’assemblée générale de la FNP le 9 juin. Et le solde va être terrible ». Surtout si le fonds d’urgence promis par la grande distribution ne voit pas le jour.