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OGM La coexistence passera par des zones dédiées ou de grandes zones tampons

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Au terme de 4 ans de travail, le programme de recherche européen consacré à la coexistence et à la traçabilité des filières OGM et non-OGM (Co-Extra) a bouclé son rapport. Présenté à Paris du 3 au 5 juin, il affirme qu’une coexistence réussie passera soit par de grandes distances d’isolement entre les champs, soit par la mise en place de zones de production dédiées.

Combien de mètres entre deux parcelles pour éviter une contamination OGM ? Ceux qui attendaient une réponse claire et précise de la part des chercheurs européens resteront sur leur faim. Les conclusions du programme de recherche Co-Extra lancé en 2005 par 51 partenaires issus de 18 pays – principalement européens – se gardent de toute recommandation chiffrée. Car c’est davantage une méthodologie qui est offerte aux Etats membres et acteurs européens. Avec toutefois quelques messages politiques à la clef.

Un seuil de 0,1% dans les faits

Le premier a trait à la notion de seuil de détection OGM. A l’issue des contacts pris avec les opérateurs privés, les chercheurs ont constaté que ceux-ci utilisaient un seuil pratique autour de 0,1% généralement, bien en-dessous du seuil d’étiquetage européen à 0,9%. Une pratique qui s’explique par la volonté des entreprises des filières d’alimentation animale et humaine de se laisser une marge de sécurité. Pour les auteurs du rapport, cet état de fait « prouve que la coexistence entre agriculteurs n’est possible qu’en employant de grandes distances d’isolement (avec un système d’information des agriculteurs performant) ou dans des zones dédiées de production, que celles-ci soient OGM ou non-OGM ». L’étude rappelle en effet que la taille des parcelles agricoles est en moyenne relativement faible en Europe. « Un seuil à 0,1% avec plein de petites parcelles, ça ne tient plus » résume Yves Bertheau (INRA), coordonnateur du programme de recherche Co-Extra. Mais les définitions scientifiques, techniques et juridiques de telles zones de production dédiées restent à faire, indique l’étude. Yves Bertheau rappelle toutefois un principe : « Celui qui arrive avec de nouvelles méthodes doit en supporter les coûts ».

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L’étude note également que les entreprises européennes, notamment les PME, restent « peu préparées » à une pression croissante des OGM. Il est jugé « difficile » de mettre en pratique une coexistence entre produits OGM et non-OGM dans les mêmes filières « quand la pression OGM est forte ». Et lorsque c’est le cas, la coexistence est « seulement viable d’un point de vue économique s’il existe une différentiation de prix entre les deux types de produits sur le marché » indique les auteurs du rapport. « Il faut que les animaux nourris avec des OGM puissent être différenciés des autres », précise Yves Bertheau.

Autre exigence : la protection des semences. « La coexistence ne sera possible que si les variétés traditionnelles continuent de bénéficier de l’amélioration génétique classique », déclare le responsable de l’INRA. « Les agriculteurs utilisant des semences de ferme doivent pouvoir bénéficier de la même protection que ceux qui produisent leurs semences pour les entreprises », ajoute-t-il. Et de conclure : « Il faut que le seuil pratique (0,1%) soit pris en compte pour les semences ».