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La Commission européenne juge ces sanctions illégales

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«Un grand nombre d’exportateurs de l’UE seront touchés par ces sanctions illégales. Nous attendons de pouvoir travailler avec la nouvelle administration afin de trouver une solution à ce problème », a déclaré la commissaire européenne au commerce, Catherine Ashton au lendemain de la décision américaine de surtaxer une soixantaine de produits européens mais tout en se réservant cette fois de réviser tous les six mois la liste des biens soumis à sanction. Il s’agit, selon la commissaire, d’une mesure plus pénalisante que celle en vigueur actuellement qui impose des droits à hauteur de 100% sur une liste fixe de produits, pour un montant total de 116,8 millions de dollars. « Avec cette tentative manifeste d’envenimer le litige entre l’UE et les Etats-Unis, dit-elle, la Commission n’aura d’autre choix que de se préparer à porter l’affaire devant l’OMC ». Si, rappelle la commissaire, de nombreux efforts ont déjà été déployés pour trouver une solution de commun accord à ce litige persistant, « la tâche s’annonce aujourd’hui bien plus difficile encore ». Elle considère que dans la mesure où l’OMC ne s’étant pas encore prononcée sur les dispositions du dossier du bœuf aux hormones américain adoptées par l’UE en 2003, « les sanctions américaines sont illégales ».

Les Pays-Bas très en colère

« Nous sommes vraiment furieux car nous sommes le pays de l’UE qui va souffrir le plus de cette grave décision des Etats-Unis », nous a déclaré Frans Van Dongen, représentant à Bruxelles de l’Office des produits d’élevage, des viandes et des œufs des Pays-Bas. La décision américaine de surtaxer les exportations européennes va surtout toucher, selon lui, les exportations néerlandaises de viande et notamment les travers de porcs (spareribs) et la viande de veau. « C’est tout à fait injuste et disproportionné et je dirais même discriminatoire car nous sommes même le seul des cinq grands pays exportateurs vers les Etats-Unis (les autres sont la France, l’Irlande, la Suède et le Danemark, ndlr) qui sera le plus pénalisé. Nous qui avons des relations privilégiées avec les Etats-Unis, vraiment nous ne sommes pas du tout récompensés par les décisions de M. Bush ! ». Pour les deux produits phare de leurs exportations (viande de porc et viande de veau), Frans Van Dongen chiffre entre 50 et 70 millions d’euros la valeur des exportations potentielles des Pays-Bas sur le marché américain qui pourraient leur passer sous le nez.

Impact apparemment restreint sur l’industrie des jus de fruits

L’AIJN, l’Association européenne de l’industrie des jus de fruits et de nectars, n’est pas plus heureuse de la décision des Etats-Unis d’inclure ses productions dans la liste des produits surtaxés. « Quand on utilise les jus de fruits dans un conflit qui n’a rien à voir avec notre secteur, il faut pas nous demander si nous sommes très contents », a indiqué à Agra alimentation Jan Hermans, le Secrétaire général de l’AIJN. Mais selon lui, sous réserve d’un examen plus détaillé, les exportations européennes de jus de fruits ne constitueraient pas des volumes ni des sommes importantes. « Nous allons demander à nos membres qui envoie quoi aux Etats-Unis pour avoir une idée plus détaillée du marché que cela implique », explique-t-il. Selon lui, les principaux pays exportateurs de jus de fruits aux Etats-Unis sont la France, l’Italie et l’Espagne.

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L’industrie laitière européenne n’est pas vraiment aux anges à propos de la décision américaine. « Taxer à 300 % un produit comme le roquefort déjà taxé à 100 % depuis 1999 va totalement freiner les exportations françaises », nous a confié Bénédicte Masure, Senior Officer Trade & Economics à l’European Dairy Association (EDA). Selon elle, « seules les grandes sociétés qui ont les reins assez solides pourraient peut-être encore exporter sur les Etats-Unis mais cela reviendrait tout de même à payer son roquefort au prix du caviar ! ».

Soutien nécessaire des Etats membres

Les sanctions américaines n’incitent pas non plus à l’euphorie du côté de l’industrie de la transformation des fruits et légumes. « Tout ce que l’OEITFL peut faire c’est d’encourager les différentes associations professionnelles du secteur européen des fruits et légumes transformés à demander à leurs autorités publiques de s’opposer aux décisions américaines », estime Susanne Meyer, secrétaire générale de l’OEITFL (Organisation européenne des industries de la transformation des fruits et légumes). Rappelant les limites du mandat de son organisation dans ce dossier, elle pense que l’attitude la plus efficace serait, pour les industries européennes concernées, « de prendre contact avec les industries correspondantes aux Etats-Unis et de leur demander d’agir elles-mêmes sur le gouvernement américain pour le convaincre de supprimer leurs produits de la liste des nouvelles surtaxes ».

Enfin, Caobisco, le lobby représentant l’industrie du chocolat et des produits à base de chocolat, n’a pas encore pris position et « prend contact avec ses membres pour préparer une réaction » tout en travaillant étroitement avec les services compétents de la Commission européenne.