La communauté internationale est à la recherche de moyens financiers, mais aussi de solutions structurelles, pour enrayer la crise alimentaire provoquée par la flambée des prix. Un sommet de la FAO, en juin, puis celui du G-8, le mois suivant, tenteront d’apporter de premières réponses. Pour l’heure, la réflexion part dans plusieurs sens : revoir les programmes de subventions agricoles des pays développés, éviter un retour au protectionnisme, conclure enfin les négociations de l’OMC, réorienter les interventions du FMI et de la Banque mondiale, s’interroger sur les responsabilités des grands groupes agro-alimentaires.
Le premier ministre japonais, Yasuo Fukuda, a exprimé le souhait, dans des lettres adressées au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, et au président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, que la crise alimentaire soit l’un des thèmes abordés en juillet lors du sommet du G-8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Italie, Japon, Russie), dont il exerce la présidence.
A Londres, le gouvernement britannique s’est engagé le 22 avril, à l’issue d’une rencontre avec les représentants du Programme alimentaire mondial (Pam) et de plusieurs organisations internationales, à travailler avec le G-8 à une solution à cette crise, mais aussi à revoir sa politique en faveur des biocarburants (1).
« Repenser » les subventions agricoles et conclure le cycle de Doha
« Il est temps pour les nations les plus riches de repenser leurs programmes démodés de subventions agricoles. Elles pénalisent de façon disproportionnée les pays pauvres et contribuent à l’urgence actuelle », a plaidé le 21 avril Ban Ki-Moon, comme l’a fait aussi le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, lors de la 12 e Conférence de l’ONU sur le commerce et le développement (Cnuced), à Accra (Ghana). Le secrétaire général des Nations unies a estimé qu’une telle réorientation permettrait aussi de parvenir à un accord dans les négociations de l’OMC (2).
Dans le même sens, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a estimé dans une tribune publiée le 21 avril par le Financial Times, que la conclusion du cycle de Doha favoriserait la lutte contre la hausse des prix agricoles. Parlant d’un « sérieux problème humanitaire » qui nécessite une réponse « audacieuse », il a aussi assuré que le FMI « fournira un soutien financier rapide » car « nous avons une responsabilité morale de remettre de la nourriture entre les mains des gens pauvres ».
Le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, a, quant à lui, mis en garde le 17 avril contre les tendances protectionnistes qui se manifestent partout dans le monde face aux risques de pénurie alimentaire, avec des restrictions d’exportations de riz ou de blé dans de nombreux pays.
Du côté des pays en développement, « il y a – à juste titre – de fortes inquiétudes sur les effets des récentes hausses des prix de produits alimentaires », a souligné M. Mandelson, dans un discours prononcé au Parlement européen à Bruxelles. « Mais, de manière générale, la taxation des exportations, les quotas et les interdictions ne servent pas l’économie ou le développement », a-t-il ajouté.
L’Indonésie a décidé récemment un strict encadrement de ses exportations de riz, pour dissuader les producteurs locaux de privilégier les clients étrangers du fait des prix mondiaux élevés. Elle a ainsi suivi l’Inde et le Vietnam, qui ont aussi aussi annoncé des réductions de leurs exportations.
Le Kazakhstan a décrété un moratoire sur ses exportations de blé jusqu’au 1 er septembre 2008, et la Russie a fortement relevé ses taxes à l’exportation de céréales.
Pour sa part, le ministre japonais de l’agriculture, Masatoshi Wakabayashi, a estimé le 21 avril que, à l’OMC, « nous devons discuter la mise en place d’un cadre dans lequel nous, importateurs, pourrons exprimer nos points de vue, et dans lequel les producteurs pourront clarifier les raisons pour lesquelles ils veulent réguler les exportations ».
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Les ministre allemand de l’agriculture s’en prend aux multinationales
En Allemagne, le ministre de l’agriculture, Horst Seehofer, a vivement critiqué, le 20 avril, les grands groupes internationaux agro-alimentaires, les accusant de ne chercher avant tout que le profit. « La maximisation des gains passe avant tout pour eux et non pas l’approvisionnement des gens », a-t-il déploré dans un entretien au Bild am Sonntag.
« Les grands groupes et investisseurs financiers dominent le marché et on doit leur mettre des bâtons dans les roues », estime M. Seehofer, ajoutant que le monde « a besoin d’une agriculture paysanne et non pas industrielle ». Selon lui, « il n’est pas possible qu’aux Etats-Unis, essentiellement un seul groupe propose des semences. Là-bas, les agriculteurs sont l’objet de chantage et les pays en développement aussi ».
Triplement des prix en dollars du blé depuis 2000
Le Programme alimentaire mondial a procédé le 18 avril une nouvelle révision à la hausse de son appel d’urgence aux pays donateurs, réclamant 756 millions de dollars (476 millions d’euros) supplémentaires pour faire face à la pénurie de produits alimentaires et à l’augmentation des prix. Selon le Pam, celle-ci est de à 55 % depuis juin 2007.
Le 22 avril à Strasbourg, la Commission européenne a annoncé qu’elle s’engageait à fournir une nouvelle assistance alimentaire de 117,25 millions d’euros en faveur des pays plus démunis. Cette enveloppe portera à 283,25 millions d’euros l’aide alimentaire totale promise depuis le début de l’année par Bruxelles.
« L’ère de l’alimentation à bas prix sur le marché international est révolue. Les prix des produits alimentaires ne reviendront pas à leur niveau d’antan », s’est inquiété Louis Michel, le commissaire européen au développement. « Depuis 2000, les prix en dollars du blé ont triplé, ceux du riz et du maïs ont doublé et le début de l’année 2008 correspond à une nouvelle augmentation de 20 % », a-t-il précisé.
La France veut promouvoir un « partenariat mondial »
La France, pour sa part, doublera « dès cette année son enveloppe d’aide alimentaire en la portant à 60 millions d’euros pour 2008 », a annoncé le 18 avril Nicolas Sarkozy.
Le président français participera à la Conférence à haut niveau de la FAO sur la sécurité alimentaire mondiale prévue à Rome du 3 au 5 juin, a annoncé le 22 avril l’Elysée, précisant que « le président de la République entend promouvoir un partenariat mondial pour l’alimentation et l’agriculture afin de mieux coordonner les interventions des Nations Unies, des institutions financières internationales, des Etats, du secteur privé et des ONG et créer un nouveau consensus en faveur de la relance de la production agricole vivrière en Afrique ».
Quant au Royaume-Uni, il a annoncé le 22 avril qu’il dégageait une aide de 37 millions d’euros pour répondre à l’appel du Pam. Londres a également confirmé le déblocage de 502 millions d’euros sur cinq ans pour l’aide à l’agriculture locale dans les pays pauvres et de 31 millions d’euros pour les revenus les plus faibles en Ethiopie.