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E. Commault (Cooperl) « La compétitivité européenne n’implique pas forcément de se regrouper entre Français »

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Pour Emmanuel Commault, directeur général de Cooperl Arc Atlantique (Lamballe, Côtes d’Armor), la compétitivité européenne n’implique pas forcément de se regrouper entre Français pour réduire la concurrence. « Tout notre effort, toute notre énergie, tous nos capitaux ont visé à améliorer notre compétitivité sur le marché européen » dit-il, notamment « pour réduire l’écart de main-d’œuvre avec l’Allemagne ». Le leader de l’industrie porcine en France (4,780 millions de porcs abattus, 2,08 milliards € de chiffre d’affaires, 4800 salariés), s’est prêté au jeu des questions-réponses sur la compétitivité des filières animales en Bretagne.

Au delà des raisons bien identifiées des difficultés de l'agroalimentaire breton, la filière porcine a-t-elle suffisamment investi ?
La filière porcine a investi tout ce qu’elle pu investir. Le problème de la filière porcine n’est pas à chercher dans un défaut d’investissement, ni même dans un défaut de financement. Les investissements dans notre industrie – une industrie de main-d’œuvre – ne sont tout simplement pas assez rentables, en raison des écarts de compétitivité (conditions d’exploitation, coût du travail) avec nos principaux concurrents allemands. Les choses changeraient du tout au tout s’il y avait une harmonie sociale à l’échelle européenne. Les investissements en capital en Bretagne dans le secteur porcin trouveraient une rentabilité normale. Chez Cooperl Arc Atlantique, nous avons fait le choix de continuer à investir massivement (40 M € par an en ce moment) pour compenser l’écart de main-d’œuvre avec l’Allemagne. Mais la filière porcine doit faire face à un autre problème fondamental. Les conditions de mise en œuvre trop rigides par l’administration de la réglementation environnementale empêchent la restructuration de la production et les investissements dans les élevages. Les Bretons ne sont pas des fainéants. On veut juste pouvoir vivre et travailler au pays.
 
Faut-il aller vers de nouveaux regroupements des forces, notamment dans la transformation porcine ?
Chacun a sa stratégie. Cependant, il faut savoir qu’il n’y a pas beaucoup de stratégie d’échelle à opérer un rapprochement d’outils dans le secteur de l’abattage. La position de Cooperl n’a jamais été de dire qu’il faut rapprocher les opérateurs, que le salut du secteur passe par une plus grande concentration et par une réduction de la concurrence sur le marché français. Tout simplement parce que le marché est européen. Tout notre effort, toute notre énergie, tous nos capitaux ont visé à améliorer notre compétitivité sur le marché européen. De grands groupes européens ont fait le pari inverse, celui de la consolidation sur leur marché. Je ne suis pas sûr qu’ils aient eu raison.
 
Dans bien des secteurs, atteindre une taille critique implique d'investir à l'étranger. Pensez vous que ce doit être le cas dans le vôtre ?
Evidemment qu’il faut réussir à l’étranger. Commercialement, un jour peut-être industriellement. Nous avons la taille critique pour le faire. Nous réalisons 35 % de nos ventes (2,08 Md € NDLR) à l’exportation, et nos produits sont connus partout dans le monde. Mais pour l’instant, notre modèle, c’est avant tout de pérenniser notre exploitation dans l’ouest de la France. Maintenant, quand on regarde les acteurs sérieux en France, il n’y pas d’investissement international majeur. On est sur des marchés locaux. La distribution est segmentée. Mais tout reste ouvert.

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