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Réforme de la Pac La compétitivité oubliée, selon les organisations agricoles de l’UE

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Les premières réactions à la communication de la Commission européenne sur « La Pac à l’horizon 2020 : alimentation, ressources naturelles et territoires – relever les défis de l’avenir » sont mitigées. Ce qui est logique puisqu’il s’agit d’un document qui cherche à marier des impératifs parfois contradictoires. Les organisations agricoles majoritaires lui reprochent de faire peu de cas de la nécessaire compétitivité des exploitations et d’imposer de nouvelles contraintes écologiques au producteur sans véritable compensation. Un « verdissement » des paiements directs qui, par exemple, est mal accueilli en Allemagne, alors que, au Parlement européen, le député Vert français José Bové, vice-président de la commission de l’agriculture, parle, lui, d’« avancées notables » et se félicite que le commissaire européen Dacian Ciolos soit « en rupture avec son prédécesseur ».

Les organisations professionnelles et coopératives agricoles de l’UE réunies au sein du Copa-Cogeca regrettent l’absence, dans la communication de la Commission européenne sur l’avenir de la Pac, de toute mesure concrète destinée à garantir un secteur agricole compétitif et dynamique, prêt à relever les défis que constituent la sécurité alimentaire, la volatilité du marché et le changement climatique. Au lieu de cela, constatent-elles, la principale proposition de ce texte consiste à exiger des exploitants qu’ils fournissent des services environnementaux obligatoires supplémentaires, sans pour autant mentionner la possibilité d’un financement additionnel destiné à couvrir les coûts supplémentaires que cet effort engendrerait.
Le résultat, affirment les organisations agricoles majoritaires, en serait tout simplement une nouvelle détérioration du revenu des producteurs et un affaiblissement accru de leur position vis-à-vis des importations en provenance des pays tiers et sur le marché mondial.
Les agriculteurs sont tout-à-fait disposés à répondre à l’appel de la Commission à un « verdissement » plus poussé de la Pac, en fournissant davantage de services environnementaux et d’autres services publics, assurent ces organisations. Mais cela doit se faire sur une base volontaire, estiment-elles, ajoutant que de réelles incitations doivent être offertes aux exploitants pour qu’ils entreprennent le travail supplémentaire qu’on leur demande et supportent les coûts qui en découlent.

Le « verdissement » critiqué en Allemagne

Le secrétaire d’Etat allemand à l’agriculture, Robert Kloos, a critiqué, le 18 novembre, le fait de vouloir faire dépendre une partie de l’attribution des soutiens agricoles communautaires de critères écologiques et sociaux, ainsi que le plafonnement des aides perçues par les grosses exploitations. « Personne n’en profite si, au final, c’est seulement la bureaucratie qui est renforcée », a-t-il dit au quotidien régional Neue Osnabrücker Zeitung. Dans un entretien au quotidien Passauer Neue Presse, Gerd Sonnleitner, le président de la fédération des agriculteurs (DBV), se montre lui aussi très critique vis-à-vis du « verdissement » des paiements aux exploitants : « Cela mènera pas à une sur-bureaucratisation de l’agriculture européenne ». En revanche, M. Sonnleitner se montre plus ouvert en ce qui concerne le rééquilibrage des aides entre les anciens et les nouveaux Etats membres. « Nous ne voulons pas mener une discussion qui oppose les gros et les petits ».

Les nouveaux Etats membres pour une « vraie réforme »

La Pac doit être « simple, équitable, orientée sur le marché, durable et défendable », soulignent les ministres de l’agriculture des pays du groupe de Visegrad (République tchèque, Hongrie, Slovaquie, Pologne), de la Roumanie et de la Bulgarie, dans une déclaration conjointe signée le 9 novembre à Bratislava. Ce texte plaide pour une « vraie réforme », avec l’abandon du critère historique pour les paiements directs et de nouveaux critères objectifs pour la répartition des soutiens. Les signataires considèrent aussi que le régime de paiement unique à la surface appliqué dans leurs pays doit être prolongé et préconisent la création d « outils d’accompagnement » pour faire face aux problèmes spécifiques de certaines régions et certains secteurs.
Marek Sawicki, le ministre polonais, s’est récemment prononcé, lors d’une rencontre avec des journalistes, pour un partage à parts égales des fonds agricoles de l’UE entre le premier et le deuxième pilier de la Pac. Il a aussi critiqué la position conjointe de ses homologues français et allemand, déplorant que celle-ci ne propose que des « modifications cosmétiques » de la politique actuelle.

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