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Porc La concentration de la production sera très difficile à empêcher, selon l’Inra

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La lutte contre la concentration de la production porcine en Bretagne sera très compliquée. Les réglementations écologiques, pourtant contraignantes, pourraient favoriser ce mouvement.

«Il sera très difficile de lutter contre la concentration de la production porcine, car l’agglomération est un phénomène économiquement inéluctable », a prévenu Bernard Schmitt, directeur du département économie de l’Inra, lors d’un colloque organisé mardi 28 avril par l’Académie d’agriculture sur les effluents d’élevage et l’environnement. « Il faudra placer les régulations écologiques à un niveau très élevé pour espérer disperser la production », estime le chercheur. Selon ses études, la mise en place de contraintes environnementales (comme l’accès aux surfaces d’épandage) peut même avoir tendance à favoriser la concentration, car les éleveurs les plus performants anticipent le changement technologique, gagnent en efficacité environnementale mais aussi économique et poursuivent leur concentration.

Effet paradoxal

Globalement, les contraintes mises en place actuellement en Bretagne jouent plutôt comme une force de dispersion, mais paradoxalement, certaines ont l’effet inverse de celui escompté. En France, la plus grande force de concentration pour les élevages reste la présence des abattoirs à proximité. Alors que la régulation par la Pac pourraît disparaître en 2013, l’exemple de l’élevage porcin breton risque de se généraliser aux autres secteurs de l’agriculture. Guy Paillotin, président du groupe de travail Ecophyto 2018, a observé ce phénomène dans le cadre de la réduction par deux des produits phytosanitaires à l’horizon 2018. Il constate que ce sont les plus grosses exploitations qui ont les moyens de s’organiser pour réagir les premiers.

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Scission entre animal et végétal

L’arrêt de ce mouvement de spécialisation des régions est pourtant une des clefs de la lutte pour la protection de l’environnement. « Aujourd’hui nous payons très fortement le prix de la séparation de l’élevage et de l’agriculture. Il est absurde de voir que la Bretagne relargue des nitrates en excès alors que les régions de grandes cultures utilisent des engrais de synthèses (fabriqués à base de gaz russe) pour fertiliser leurs sols », souligne Marc Dufumier, professeur d’agriculture comparée à AgroParisTech. « En d’autres termes, explique-t-il, l’azote de Bretagne est perdu faute d’avoir rencontré du carbone, et il y a un excès de carbone qui s’échappe dans l’atmosphère en plaine céréalière faute de rencontrer de l’azote (légumineuses) ».

La réglementation inefficace

Aux États-Unis, l’instauration de contraintes écologiques dans les États du nord du pays (Iowa...) dans les années 90 a entraîné un déplacement de la production vers la Caroline du Nord qui est devenue le deuxième producteur américain. En Europe, malgré la succession de mesures, la concentration n’a pas ralenti. Selon Bernard Schmitt, « la réglementation ne pourra jamais lutter efficacement contre la destruction de l’environnement, seule l’instauration de taxes (de type bonus-malus) peut apporter des résultats ».