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La concentration de l’amont agricole ne tue pas l’innovation, selon une étude

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Selon un rapport du cabinet Asterès, présenté le 21 mars, malgré une très forte concentration du secteur de l’agrochimie et de l’amont agricole, l’innovation est préservée, et reste même très dynamique.

Dans quelques mois, le monde agricole va se retrouver en face de trois mastodontes de l’agrochimie et de semences qui vont détenir à eux seuls plus des deux tiers du marché. Quelles peuvent en être les conséquences ? C’est la question que s’est posée le cabinet Asterès dans un rapport intitulé « Amont agricole : une consolidation des acteurs pour répondre aux défis du XXIe siècle », avec le concours de think tank AgriDées et le soutien financier de Bayer. Il a été présenté en amont d’une table ronde, sur le même thème, organisée par AgriDées le 21 mars.

Le rapport montre la concentration qui existe déjà dans l’amont agricole : les 6 premiers constructeurs mondiaux détiennent 60 % de parts de marché, les 7 premiers obtenteurs détiennent 64 % du marché mondial, les 10 plus gros producteurs d’engrais détiennent 56 % des parts de marché et les 6 acteurs de l’agrochimie détiennent 75 % du marché mondial. Après la fin des opérations ChemChina-Syngenta, Dow-Dupont et Bayer-Monsanto, ils ne resteront plus que 4 avec un BASF renforcé car il aura acquis tous les marchés que Bayer aura dû se délester pour répondre aux exigences des autorités de la concurrence.

Quel impact sur les marchés futurs

Mais cette nouvelle phase de concentration va-t-elle engendrer une perte d’innovation ? C’est ce que craint l’autorité de la concurrence européenne. « C’est une approche nouvelle, a commenté Bastien Thomas, avocat associé au cabinet Racine et spécialiste du droit de la concurrence. L’autorité analyse non seulement l’impact sur les marchés actuels, mais aussi ce que les firmes ont dans leur pipeline et dans leurs programmes de recherche pour analyser les positions futures de chacun. Le but est de recréer une situation concurrentielle, avec une approche purement économique ».

Selon le rapport d’Asterès, la concentration n’est pas un frein à l’innovation, "c’est plutôt parce que les firmes ont une activité de recherche intense qu’elles sont obligées de se concentrer afin de garder des capacités financières suffisantes, d’autant que le coût et la durée de mise au point des produits phyto continuent d’augmenter du fait notamment du durcissement de la réglementation", expliqué Nicolas Bouzou, fondateur du cabinet Asterès. Ce dernier souligne une incohérence "Le durcissement de réglementation européenne pousse à la concentration, alors que dans le même temps, Bruxelles s’oppose à la concentration !". Ainsi, le secteur de l’agrochimie consacre 10 % de son chiffre d’affaires à la R & D et les semenciers 13 %, "C’est autant que l’industrie pharmaceutique et deux fois plus que l’industrie automobile ou agroalimentaire (4-5 %) », a-t-il insisté.

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Colosses aux pieds d’argile

Et elle n’est pas non plus un frein à la concurrence, selon lui puisque les prix des produits phytosanitaires ont augmenté de seulement 13 % entre 1990 et 2016 alors que l’indice des prix à la consommation a augmenté de 49 % en France, souligne Asterès. Quant aux semences et plants, ils ont augmenté de 37 %.

Autre argument avancé : les grands groupes sont des colosses aux pieds d’argile car ils sont « challengés » par des start-up qui sont plus flexibles pour réagir vite en fonction de la demande. C’est notamment le cas dans le développement du biocontrôle, et bien sûr de l’agriculture numérique.

"Le durcissement de réglementation européenne pousse à la concentration, alors que dans le même temps, Bruxelles s’oppose à la concentration !"