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Interprofession laitière La Confédération paysanne exige « le respect de la démocratie entre syndicats »

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Nouvel épisode dans l’affaire des interprofessions. 120 militants de la Confédération paysanne ont investi les 10 et 11 janvier le siège parisien du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel). Le syndicat souhaite être représenté au sein du Cniel et pouvoir ainsi participer aux négociations sur le prix du lait. Mais après cette nouvelle épreuve de force, le président de la FNPL et du Cniel, Henri Brichard, refusait de rencontrer une délégation après avoir vu « son bureau saccagé » et déplacé jusqu’au ministère de l’Agriculture.

Le dossier de la représentation des syndicats agricoles dans les interprofessions est loin d’être terminé. Après la Coordination rurale le 3 novembre (1), c’est au tour de la Confédération paysanne d’avoir investi les locaux du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) à Paris. Le 10 janvier, 120 militants, accompagnée d’une vache normande, « Pervenche », ont en effet pénétré, avec force, dans les locaux de la Maison du Lait, pour demander « le respect de la démocratie entre syndicats agricoles ».

Une taxe payée par tous les agriculteurs

L’objet du mécontentement de la Confédération paysanne reste le même : « La mainmise du syndicat majoritaire, FNSEA, sur le Cniel », organe vital pour les éleveurs puisqu’il fixe le prix du lait. La FNSEA, via la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) est à l’heure actuelle le seul syndicat d’agriculteurs à siéger au sein du Cniel et dans la majorité des interprofessions agricoles. Depuis longtemps, les syndicats minoritaires, dont la Confédération paysanne et la Coordination rurale crient à « l’injustice et à un manque de démocratie ». « Tous les agriculteurs français paient une taxe pour financer les interprofessions et malgré cela, tous n’ont pas le droit d’y être représentés », explique Jean Cabaret, responsable de la Commission Lait à la Confédération paysanne. Dans le cas du Cniel, « l’injustice est encore plus grande» à ses yeux. L’interprofession laitière fixe le prix du lait en France payé à tous les producteurs, « et tous les syndicats n’ont pas le droit de donner leur avis, explique-t-il. Dans les entreprises, ce serait impensable que certains syndicats soient évincés des négociations salariales avec le patronat. C’est une question de justice pour tous les paysans ».

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« Dédain et mépris de la part d’Henri Brichard »

Après avoir passé une nuit sur place avec leur sac de couchage, les militants du syndicat rencontraient les directeurs du Cniel et de la FNPL, le 11 janvier. « Nous avions rédigé un texte commun visant à établir les prémisses de notre entrée au Cniel, mais dès les premières lignes, Henri Brichard, le président du Cniel et de la FNPL a tout rejeté en bloc », a confié Jean Cabaret après la réunion. En fin d’après-midi, les manifestants décidaient de sortir les meubles du bureau d’Henri Brichard et de les déposer devant le ministère de l’Agriculture, en signe de protestation contre « l’attitude du président du Cniel ». « Henri Brichard a fait preuve d’une incroyable imagination dans le dédain et le mépris à notre égard», regrettait Jean Cabaret. Au terme des deux journées d’action, les militants de la Confédération, qui avaient obtenu un nouveau rendez-vous le 18 janvier avec les responsables de l’interprofession laitière, décidaient de quitter les lieux.

« Des lieux d’action et des lieux d’expression » pour Henri Brichard

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. « Il n’est plus question de rencontrer une délégation de la Confédération paysanne, après les actes qui ont été commis », déclarait le 12 janvier Henri Brichard. « Mon bureau a été saccagé, ma porte fracturée. Des documents ont disparu, notamment un billet d’avion. Se comporter de cette manière là est purement inadmissible. Ce n’est pas du tout démocratique », ajoutait-il. Le rendez-vous du 18 janvier est donc annulé. « Les blessures sont maintenant trop profondes », confiait le président de la FNPL et du Cniel. Pour lui, « il y a des lieux d’expression et des lieux d’action. Il est très bien que dans les organismes comme les offices, tous les syndicats puissent s’exprimer. Mais dans les interprofessions, il faut que cela soit le syndicat le plus représentatif qui prenne les décisions. C’est la manière la plus efficace. Or, la Confédération paysanne n’a apporté aucune preuve de ses facultés à travailler dans un sens commun ». « La Confédération n’accepte pas que nous ayons une autre idée qu’elle. Elle réfute même ce qui a été déjà acté par le législateur », a-t-il ajouté. « Pour l’instant, nous n’avons pas encore pris de décisions quant à d’éventuelles poursuites », a-t-il précisé.