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La conscience chez les animaux, un sujet d’étude pour l’Efsa

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Le bien-être animal est un thème qui prend de l’ampleur dans le domaine de l’élevage. L’Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa) a publié en mai dernier une expertise, orchestrée par l’Inra, sur la conscience chez l’animal. Elle montre que les animaux ont un large éventail de capacités cognitives (1).

Chez l’animal, étudier la conscience reste difficile. L’animal ne parle pas. Il ne peut donc échanger avec le chercheur. Pour autant, au travers de tests, la conscience animale a été étudiée sous cinq domaines : les émotions, la métacognition (1), la gestion du passé et du futur, le comportement social et la relation homme-animal. Une expertise réalisée par l’unité Santé et bien-être animal de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa), publiée en mai 2017, fait justement le point sur les derniers résultats de la recherche concernant la conscience animale. Elle revient tout d’abord sur ce qu’est la conscience chez l’homme. « L’examen de la conscience humaine a été organisé en distinguant son niveau et son contenu », explique l’étude. Il s’agit d’un certain niveau d’éveil de la part de l’homme, accompagné de processus cognitifs (conscience de son environnement, de ses gestes, etc.) et métacognitifs (processus permettant l’évaluation et le contrôle de ses propres états mentaux).

Cinq domaines de la conscience testés

Face à cela, l’expertise de l’Efsa note que « certains animaux, en particuliers les bovins et les ovins, vivent et partagent avec leurs congénères un large éventail d’émotions qui peuvent être ressenties consciemment ». Dans les processus métacognitifs, des expériences ont montré que « certains animaux non humains sont capables d’évaluer leur niveau de connaissance. Ils semblent qu’ils savent qu’ils ne savent pas », souligne l’expertise. Du côté de la gestion du temps, toujours selon l’expertise, « des études récentes conduites chez les corvidés, primates et mustélidés indiquent qu’ils peuvent planifier des actions futures indépendamment de leur état présent de motivation et de leur tendance à réaliser certains actes innés comme les comportements migratoires ». Par ailleurs, les scientifiques s’accordent à penser que « les animaux, ou du moins une grande partie d’entre eux, ne réagissent pas seulement de façon automatique au comportement de leur condisciple, mais utilisent leurs expériences sociales antérieures et leurs relations en cours pour ajuster leur comportement et atteindre leurs objectifs ».

Le lien homme-animal, un processus conscient

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Cette expérience sociale va d’ailleurs jouer dans la relation de l’animal à l’homme. En élevage, cette caractéristique de la conscience se retrouve bien. Comme chez l’humain, certains chiens ou chevaux mal sociabilisés (absence d’interactions avec les autres congénères) présentent des troubles du comportement, les rendant inutilisables. Dans son utilisation, l’homme va avoir une place centrale pour l’animal. Il résulte de ces interactions des « réponses émotionnelles et comportementales adaptées de la part de l’animal, prévisibles et cohérentes allant de l’évitement à la création de liens » avec l’homme, souligne l’étude. Cela montre que des processus conscients, non prédéterminés et automatiques, peuvent se produire chez l’animal. Ce dernier possède donc bien des niveaux de conscience qui soulèvent alors des questions éthiques, notamment « dans l’agriculture, la recherche, le travail, le sport ou à la maison », conclut l’expertise qui prône toujours plus de recherches sur le sujet.

(1) La cognition est le terme scientifique qui sert à désigner l’ensemble des processus mentaux qui se rapportent à la fonction de connaissance et mettent en jeu la mémoire, le langage, le raisonnement, l’apprentissage, l’intelligence, la résolution de problème, la prise de décision, la perception ou l’attention. La métacognition est la connaissance que l’individu a de ses propres processus cognitifs.

La conscience, avantage adaptatif face aux modifications de l’environnement

« Conçue comme "un espace de travail global" pour faire face aux complexités de la vie, la conscience peut être considérée comme une caractéristique fondamentale des animaux qui est apparue et a évolué indépendamment dans les différents phylums et ceci à plusieurs reprises au cours du temps », souligne un rapport d’expertise orchestré par l’Inra pour l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa). Les chercheurs s’interrogent donc : « Peut-on en postuler que les animaux ont des formes de consciences équivalentes à celles de l’homme, sans forcément être identiques ? ». Ils notent qu’il faut « rester prudent avant d’exclure l’existence de toute forme de conscience chez les espèces qui n’ont pas les mêmes structures cérébrales que les mammifères, puisque différentes architectures neurales peuvent conduire à des processus comparables », en citant les poissons et les oiseaux.