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Produits laitiers/Résultats La construction de Laïta encore laborieuse

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Depuis l’annonce, en janvier 2009 de la création de la société industrielle laitière Laïta dans l’Ouest par les groupes coopératifs Even, Terrena et Coopagri Bretagne, aucune information n’avait filtré sur les premiers mois d’activité de cet opérateur. Devant les producteurs réunis en assemblée générale de la section laitière de Coopagri, les dirigeants du nouveau groupe ont enfin commencé à lever le voile sur certains chiffres.

Treize mois plus tard, Christian Couilleau et Christian Griner ont accepté de lever un pan du voile, devant les adhérents de la section laitière de Coopagri Bretagne, en assemblée générale début mars à Landerneau. Ce que le directeur général de Laïta et son directeur en relations publiques ont bien voulu montrer ne porte que sur les volumes. En effet, ils réservent les informations portant sur le chiffre d’affaires à leurs apporteurs de lait en premier, à la presse seulement dans un second temps.
Pour mémoire, le chiffre d’affaires annoncé à la création de Laïta aux termes de son premier exercice (30 juin 2010) était de 1,850 milliard d’euros. Sans surprise dans un exercice particulièrement difficile, l’activité « n’a pas été à la hauteur des ambitions du départ », ont laissé entendre les dirigeants.
Le pôle des produits de grande consommation a vu ses volumes vendus reculer de 4 % à 182 000 t sur 2009, a expliqué Christian Griner. Aucune fabrication n’a échappé à la baisse de l’activité : - 4 % pour l’ultra-frais (71 000 t), - 3 % pour le beurre (38 200 t), - 3 % pour l’emmental (24 800 t), - 2 % pour les pâtes molles (20 400 t), etc.
Une situation ainsi résumée par Christian Couilleau : « En 2009 pendant la crise économique, le consommateur a moins mangé en RHD, moins acheté de produits marketés mais il a plus mangé chez lui, explique le dirigeant. Parallèlement les GMS ont réduit leur assortiment de MDD pour refaire leurs marges. Enfin nous n’arrivons pas à faire passer les hauses en GMS, elles n’aiment que la déflation. »
La situation paraît mi-figue mi-raisin en produits secs. D’un côté Laïta doit composer avec une production importante de poudres subies (59 000 t), clairement « un point faible pour Laïta », selon Christian Griner. De l’autre, l’industriel breton se félicite de la progression de ses ventes de poudres élaborées (infantiles, aromatisées, etc.) pour 4300 t, de poudres de lait à marque Régilait -50-50 entre Laïta et Sodiaal– qui gagnent 12 points à un peu plus de 19 000 t.
Pour le reste, Laïta reste un opérateur important en nutrition clinique et un gros fabricant de poudres de lait pour jeunes animaux. Son taux d’exposition aux produits industriels se situe à 32 % de son activité, et le groupe compte toujours abaisser ce pourcentage en se développant en PGC, et en développant le business auprès des industriels.

Des éléments rassurants
Pour rassurer ses apporteurs de lait adhérents de Coopagri Bretagne (973 fermes, 325 millions de litres de lait) les dirigeants de Coopagri ont insisté sur plusieurs points : la polyvalence des marchés de Laïta -GMS, RHD et IAA- ; les positions des marques de Laïta (« Paysan Breton », « Mamie Nova », « Régilait », « Les recettes de Madame Loïk ») et la réputation européenne de Laïta comme gros faiseur de produits sous MDD.
En revanche ils n’ont pas évoqué devant les producteurs le plan d’investissements de 100 millions d’euros sur trois ans dont ils avaient parlé début janvier, lors de l’annonce de la création de Laïta. Et n’en ont pas plus parlé aux journalistes présents. Christian Couilleau et Christian Griner ont tenu à souligner que l’écart de prix persistant entre le lait français et le lait du nord de l’Europe risque à terme de déstabiliser la filière française, car elle peut avoir plus de difficultés à l’avenir, pour vendre ses produits laitiers, trop chers sur le marché européen face à la concurrence. Christian Couilleau reste persuadé que le groupe sera « plus fort en sortie de crise. Mais le risque, c’est que nous soyons plus faible en Europe. »

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