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Jean-Baptiste Moreau, rapporteur de la loi Egalim « La contractualisation est la seule voie de sortie »

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Eleveur de bovins viande, député LREM de la Creuse, et rapporteur de la loi Egalim, Jean-Baptiste Moreau, dresse, pour l'heure, un bilan mitigé du texte qu'il a porté à l'Assemblée, mais il veut encore y croire. Il appelle les producteurs à contractualiser davantage.

La loi Egalim, dont vous avez été le rapporteur, fête son premier anniversaire. Nombreux déplorent un maigre bilan, le ministre de l’Agriculture en tête. Quel constat faites-vous personnellement ?

Il y a des choses qui sont allées dans le bon sens sur les négociations commerciales avec la hausse du seuil de revente à perte (SRP) et l’encadrement des promotions (voir encadré). Les choses, globalement, sont allées mieux notamment pour la filière lait où les négociations se sont finies par une hausse entre la grande distribution et les producteurs. Le souci, aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas eu de redescente jusqu’au producteur. Parce que les prix ne sont pas là, clairement, il ne faut pas se voiler la face.

Qu’est-ce qui a pu poser problème ?

La base de la loi Egalim – et ça tout le monde semble l’avoir oublié – c’est l’inversion de la construction du prix. C’est au producteur de proposer à son premier acheteur un prix basé sur des indicateurs de coûts de production. Aujourd’hui, personne ne l’a mis en place concrètement.

J’ai parcouru quatorze départements. Personne n’a été capable de me donner un exemple de contractualisation depuis un an. En filière bovins viande, à ma connaissance, aucun contrat n'a été signé. L’argent ne va pas retomber tout seul dans les cours de ferme. Le problème, c’est que j’ai un peu l’impression que certains attendent que l’État fasse le contrat. Mais c’est au producteur de proposer un contrat à son premier acheteur.

De quoi le contrat est-il la solution ?

La contractualisation est, pour moi, la seule voie de sortie. Sans contrat, la valeur qui est dégagée par la hausse du seuil de revente à perte et l’encadrement des promotions reste en haut, captée par la grande distribution et les industries agroalimentaires. Elle ne redescend pas jusqu’aux producteurs.

Qui peut faire changer les choses ?

Il y a les interprofessions. Elles ont déjà fait le boulot sur les indicateurs de coût de production. Il y a les syndicats agricoles. L’État peut être facilitateur mais c’est à chacun de s'impliquer. Sur la contractualisation, il faut que les organisations de producteurs (OP) se prennent en main.

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Peut-on aller plus loin ?

Il y a probablement des choses à faire pour être plus incitatif. Notamment subordonner des aides à l’appartenance à une OP ou une AOP (association d’organisations de producteurs).

Je suis prêt à déposer des amendements, à faire une proposition de loi, mais que l’on me propose concrètement des choses. C’est facile d’être dans l’opposition. Je ne comprends pas cet esprit de victimisation qui a saisi les campagnes depuis quelques années. Les entrepreneurs du monde agricole n’ont pas attendu l’État pour créer des choses dans les années 80 ou 90. Maintenant, on attend que cela tombe tout cuit.

« C’est à chacun de se prendre en main »

Le relèvement du SRP et l'encadrement des promos ont produit leurs effets

Les deux autres mesures phares du premier volet de la loi Egalim étaient le relèvement du seuil de revente à perte (SRP) et l'encadrement des promotions. Et elles ont déjà produit des effets, selon l'institut Nielsen, qui les cite comme les premières raisons du retour de l'inflation dans les grandes surfaces en 2019. Dans une étude dédiée à la «grande consommation», Nielsen annonce début octobre, la fin de «sept ans de déflation».

La hausse concerne tous les types de marques et plus particulièrement « certaines des références les plus vendues [qui] ont vu leur prix augmenter de plus de 10 % en hypermarchés depuis février ». Les alcools et des produits frais à base de matières premières peu transformées comme le beurre, les poissons et les viandes comptent parmi les catégories les plus inflationnistes.

En 2019, le poids des ventes réalisées en promotion « retrouve son niveau d’avant la guerre des prix », ajoute Nielsen. Pour les produits alimentaires, 18,5 % des ventes ont été réalisées en promotion soit une baisse de près d’un point. La générosité des promotions diminue également, à 23,1 % contre 25,2 % en 2018.