Face à la globalisation des marchés et à l’internationalisation des concurrents capitalistes, les coopératives agroalimentaires doivent-elles par mimétisme ou par intérêt suivre la même voie que les entreprises capitalistes ? A cette question, il ne faut pas donner de réponse simpliste, estime René Mauget, professeur à l’Essec/Imia qui a étudié les stratégies d’internationalisation développées de longue date par les coop françaises : si l’on compte aussi les secteurs céréales et semences, 444 opérations ont été faites à l’international par des coopératives depuis … 1969 (soit 20% du total de leurs opérations, contre 50% dans l’univers capitaliste agroalimentaire). Ces opérations, qui incluent aussi bien l’ouverture de filiales export que les simples contrats de franchise, portent à 35 le nombre des groupes un tant soit peu internationalisés. Elles sont à plus de 80% le fait des dix ou onze plus grosses coopératives, ce qui peut s’expliquer étant donné le grand nombre de petites coopératives en France.
Outil de développement durable
Sur les huit dernières années, l’ouverture des coopératives à l’étranger n’est donc pas négligeable et les stratégies développées, dont la pertinence est pourtant difficile à expliquer aux adhérents, « bousculent » souvent les principes fondateurs de la Coopération (acapitalisme, exclusivisme…) ; toutefois, analyse René Mauget, elles sont globalement cohérentes par rapport à la finalité coopérative même si les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous en ce qui concerne la valorisation du produit de l’adhérent.
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Conclusion, la politique agricole et agroalimentaire française ne peut ignorer qu’une filière sur deux environ est contrôlée par les agriculteurs (voir tableau page 5) ni que la coopérative reste un instrument de compensation face au désengagement ou aux faillites du secteur capitaliste (Béghin Say, Grands moulins de Paris, Euralis dans le foie gras, Bourgoin dans la volaille,…). Elle est aujourd’hui plus encore qu’hier un instrument de « développement durable » pour les territoires. En revanche, «ce n’est pas une assurance tout risque face à une mondialisation sans butoir», estime l’expert de l’Essec (Le Cabanon a été racheté par des Chinois ! et des délocalisations ont et auront lieu dans la volaille ou le vin du fait de la baisse, voire de la suppression, des restitutions, des soutiens ou des prélèvements européens ainsi que des droits de douane).