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Colloque La coopération agricole soucieuse de perfectionner sa gouvernance

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Coop de France a organisé, le 28 octobre à Paris, un colloque sur le thème de l'« administrateur de coopérative agricole demain », partie intégrante de son « chantier stratégique » sur la gouvernance. Diverses préconisations en ressortent sur l'évolution du conseil d'administration.

« Trois chantiers stratégiques sont ouverts », avec aussi la formation et la communication, a rappelé le président Philippe Mangin en invitant les congressistes à échanger sur leurs pratiques et leurs souhaits en matière de gouvernance « pour enrichir les recommandations de Coop de France ». Intégrer plus de femmes et de jeunes dans les conseils d'administration constitue à ses yeux une priorité.

Il a mis en avant la révision coopérative, que la loi vient de renforcer (lire l'encadré). C'est pour lui « un instrument qui sert d'appui à une bonne gouvernance » : le conseil d'administration doit « rendre des comptes aux adhérents sur les points d'amélioration mis en œuvre ». Le président de Coop de France a par ailleurs déploré la « distance entre administrateurs et adhérents », en faisant référence à une enquête auprès de 1 400 jeunes agriculteurs en Lorraine. « La performance d'une coopérative dépend de l'impression qu'ont les adhérents de s'en sentir propriétaires et d'être écoutés, a estimé Philippe Mangin. Il faut renforcer ce lien d'appartenance. »

Laisser plus de place aux femmes

La place accordée aux femmes a été largement débattue lors d'un atelier intitulé : « Vers une évolution du conseil d'administration ? ». Un sujet à propos duquel le patron de la coopération agricole a estimé nécessaire de bâtir un « plan de bataille » pour remédier à « une vraie lacune ». Symboliquement, les trois interventions de coopératives ont été effectuées par des femmes. « On a des difficultés à accéder aux responsabilités les plus hautes », a noté Véronique Blin, présidente du Champagne Nicolas Feuillatte. Le management féminin ne manque pourtant pas d'atouts, selon elle. « Les femmes sont moins égocentrées et autoritaires, a-t-elle souligné. Leur management est plus participatif, plus en douceur tout en étant rigoureux. Elles sont sans complexe. » Chez Nicolas Feuillatte, le conseil d'administration en comprend 4 sur 21 membres. Une proportion inférieure aux 25 % de femmes chefs d'exploitation à l'échelle nationale.

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Le lien entre mode de gouvernance et performance

Plusieurs « points de vigilance » ont émané des travaux en atelier, comme le danger de la cooptation, les mandats trop longs. Il en ressort aussi des préconisations, notamment sur la mise au point d'une grille d'indemnisation pour les administrateurs, d'une charte de gouvernance, de procédures d'accueil pour les nouveaux membres.

Le chantier est donc vaste. Son importance se pose en termes d'efficacité du modèle coopératif. Les travaux de Louis-Antoine Saïsset, maître de conférences à Montpellier SupAgro, le montrent. « Le mode de gouvernance joue sur la performance », a-t-il déclaré. Plusieurs dimensions entrent en jeu, selon son étude menée auprès des caves coopératives du Languedoc-Roussillon : les instances de la coopérative, son projet, son réseau. « Plus le niveau de gouvernance est élevé, meilleure est la performance » en termes de capacité d'autofinancement, a-t-il expliqué en mettant l'accent sur l'implication des partenaires. « Une gouvernance ouverte sur l'extérieur améliore aussi la performance » mesurée par la valeur ajoutée brute à l'hectare.

De nouvelles dispositions fixées par la loi

La loi d'avenir et celle relative à l'économie sociale et solidaire apportent de nouvelles dispositions en matière de gouvernance des coopératives. « Pour les administrateurs, le cadre législatif apporte des précisions sur leurs pouvoirs et devoirs et davantage de moyens, a détaillé la directrice des affaires juridiques chez Coop de France Chantal Chomel. Les associés y gagnent en transparence des informations. » Concernant les administrateurs, le principe des indemnités compensatrices est inscrit dans la loi. Chacun doit se voir proposer une formation en première année de mandat. Du point de vue des associés, le rapport du conseil d'administration à l'AG est enrichi de plusieurs points. Les administrateurs sont tenus de rendre compte de leurs missions. Le rapport concerne par ailleurs les filiales.