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Syndicalisme La Coordination rurale veut « élargir le combat à l’Europe »

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Réunie à Biarritz pour son 16e congrès, la Coordination rurale (CR) est bien décidée à « jouer sur le terrain européen ». « Notre combat ne devient puissant que lorsqu’il associe l’action locale et l’action européenne », a souligné François Lucas, le président de la CR, devant une salle d’environ 500 participants. Le président de l’EMB, syndicat qui regroupe les structures minoritaires de la filière laitière en Europe, a indiqué « être écouté aujourd’hui à Bruxelles au même niveau que le Copa ». « Reste à presser sur le même bouton pour les autres productions », a déclaré Pascal Massol, le président de l’Apli, très applaudi par les congressistes. Plus facile à dire qu’à faire. Cette vision européenne ne met pas pour autant au second plan les combats nationaux. En ligne de mire de François Lucas, le « dialogue social en agriculture », le plan de soutien de Sarkozy qui n’est que de la « morphine », voire au pire une sorte d’« euthanasie » des paysans.

«À partir du mouvement européen des producteurs de lait, l’union des vrais paysans européens est notre chance et nous devons la saisir », a déclaré François Lucas, le président de la Coordination rurale lors du 16e congrès du syndicat qui a réuni près de 500 participants le 2 décembre à Biarritz. Le message est clair et la méthode doit s’inspirer de l’exemple laitier. Fort de la réussite de la mobilisation de « nos amis de l’OPL, de l’Apli et de l’EMB au niveau européen, nous avons obtenu ce virage à 180 degrés de 21 pays européens qui avaient tous laissé la Commission européenne démonter la régulation de la production de lait », a souligné le président de la Coordination rurale. La recette, selon François Lucas : des actions coordonnées dans d’autres pays, comme la grève du lait et une communication conduite par une seule organisation européenne telle que l’EMB. Reste à décliner l’exemple du lait à d’autres productions. Ce qui n’est pas évident. « La revendication des 400 euros/1000 litres, un prix couvrant les coûts de production, est bien passée », résume Romuald Schaber, le président de l’EMB. Est-elle transposable à d’autres secteurs ? La question est restée ouverte. « Peut-être qu’en revendiquant un prix du blé à 200 euros tout peut en découler ?», s’interrogeait tout haut François Lucas.

« Zapper le lobby agricole »
Pascal Massol, le président de l’Apli, invité à intervenir en tribune sous les chaleureux applaudissements des adhérents de la CR, n’a pas dit autre chose. « Il faut trouver le cadre européen pour faire de l’agriculture une problématique et un centre d’intérêt du citoyen consommateur, et ainsi zapper le lobby agricole » dominant. En ligne de mire de François Lucas et de Pascal Massol, la FNSEA et le Copa, lequel regroupe les syndicats majoritaires de l’Europe. François Lucas veut voir dans « de petits signes, le fait que le temps se gâte au-dessus de la tête du vieux syndicat ». Pascal Massol témoigne qu’il s’est créé pendant la crise laitière « un contre-pouvoir au syndicat majoritaire ». « Là où la FNSEA réussit à réunir 50 personnes, nous, on en a mille », s’est-il exclamé. Quant au Copa, « c’est un obèse impotent qui n’a su que partager la vision débile de la Commission vis-à-vis de la politique désastreuse du lait », résume le leader de la CR. Jean-Michel Lemétayer, ancien président du Copa, appréciera…
Preuve que les choses bougent dans les relations avec le ministère de l’Agriculture, pour la première fois en 16 ans, un représentant du ministre de l’Agriculture participait aux travaux du congrès de la CR. « Peut-être qu’à notre majorité on aura le privilège d’accueillir un ministre », s’amusait un syndicaliste.

Un ministre très apprécié
« La présence de madame Le Poultier, représentante du ministre, est une première que nous sommes capables d’apprécier », a lancé François Lucas en tribune. Un responsable syndical très heureux d’avoir « un ministre beaucoup plus à notre écoute que ses prédécesseurs », a-t-il dit. « Il faut aussi le dire, reconnaît-il, nous étions l’interlocuteur du ministre privilégié pour la gestion de la crise laitière que l’interprofession et le monopole syndical niaient après l’avoir eux-mêmes provoquée ». Pour autant, François Lucas prévient que le ministre serait « tout autant coupable que responsable, en pleine crise laitière notamment, de ne pas moderniser et légitimer les interprofessions dans lesquelles les vrais agriculteurs ne se reconnaissent plus ». « Nous allons voir s’il ose enfin s’attaquer au tigre de papier qu’est devenue la confrérie dite majoritaire », promet un François Lucas qui jugera sur pièce.

Front commun sur le dossier laitier
Unis contre le lobby agricole majoritaire et sur l’idée que leur « combat ne devient puissant que lorsqu’il associe l’action locale et l’action européenne », la CR et l’Apli affichent un front commun. Il est hors de question que la récente invitation de la FNPL faite aux syndicats minoritaires à se rencontrer pour la première fois se déroule sans l’Apli, affirme en substance François Lucas. Cette augmentation du prix du lait de 3 à 8 % annoncée par la FNPL est « simplement ahurissante » pour Pascal Massol, qui craint que sur le terrain « cela dégénère ». « Il faut que le ministre ordonne une table ronde » avec l’ensemble des acteurs, a-t-il ajouté. Un congressiste éleveur laitier témoignait « qu’une hausse du prix du lait de 3 à 8 % pour janvier 2010 comme prévu par l’accord du 3 juin, c’est-à-dire 290 euros/ 1000 litres, cela ne passerait pas en Bretagne ». Autre sujet de contestation : la contractualisation. « L’empilement des contrats dans 27 pays différents ne fera jamais une régulation européenne. Nous nous opposerons à toute idée de contrat tant qu’il n’y aura pas au préalable une vraie régulation des productions agricoles et des marchés dans le cadre de la Pac », a martelé François Lucas.

Plan de soutiens : de la « morphine »
Autre motif d’énervement, « le plan Sarkozy ». François Lucas a fait l’exercice de lire en tribune le courrier d’une DDA à destination d’un agriculteur souhaitant savoir s’il pouvait prétendre au plan de soutien. La réponse de l’administration, suite à l’étude du dossier de l’agriculteur, a consisté à lui proposer une « aide à la réinsertion professionnelle » assortie d’une prime et d’un stage de formation professionnel rémunérée. La condition : « Ne plus revenir à l’agriculture en tant que chef d’exploitation ». Cette missive a fait bondir les congressistes qui ont manifesté leur révolte. « Le plan de soutien de Sarkozy, ce n’est plus de la morphine mais une forme d’euthanasie des paysans », s’est emporté François Lucas.

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