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UE/Sucre La Cour des Comptes de l’UE juge la réforme sans aménité

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D’après un rapport spécial de la Cour des comptes européenne, les réformes de 2006 de la politique de l’UE dans le secteur sucrier n’ont été que partiellement fructueuses. La réforme du secteur du sucre a même coûté plus que ce qu’elle coûtait avant la réforme. L’audit de la Cour consistait à évaluer dans quelle mesure les objectifs de la réforme du marché du sucre ont été atteints, en examinant notamment si la réforme du marché a garanti la compétitivité future de l’industrie sucrière de l’UE et si elle a contribué à stabiliser les marchés et à garantir la sécurité de l’approvisionnement en sucre.

Selon les observations de la Cour des comptes, globalement, près de 6 millions de tonnes de quotas ont été abandonnés, dont 5,2 millions de tonnes de sucre blanc. Alors que la part libérée du quota de production disponible pour le sucre était sensiblement plus élevée dans les régions dont la productivité était considérée comme étant faible/moyenne, 2,4 millions de tonnes ont été abandonnés par les producteurs dont les usines étaient situées dans des régions jugées les plus concurrentielles par la Commission. Pour ce qui est de la stabilisation des marchés, les résultats de l’audit de la Cour des comptes ont conclu que le marché communautaire du sucre est resté stable au cours des trois premières années. En ce qui concerne la garantie de la sécurité des approvisionnements, le niveau des quotas de production est inférieur à la consommation de l’Union, désormais importatrice nette. L’UE est devenue plus dépendante des importations de ce qui constitue pourtant un produit stratégique pour les industries agroalimentaires et chimiques, alors que de nouvelles utilisations du sucre, telles que le bioéthanol, engendrent un accroissement de la demande. Selon la Cour des comptes, « un risque de délocalisation existe, en ce sens que les droits d’accès accrus concédés aux pays tiers incitent également les producteurs à investir dans ces pays. » Cela aggrave par conséquent le risque de délocalisation de certaines installations de production européennes, ce qui, dixit la Cour, « pourrait augmenter une dépendance de l’UE aux importations et peut-être avoir des répercussions négatives sur le tissu social des régions européennes concernées ». La réforme visait par ailleurs à réduire les prix du sucre d’un maximum de 36 % et les prix du sucre dans l’UE ont suivi les réductions du prix de référence. Cependant, des études réalisées montrent que les réductions du prix du sucre en vrac ont peu de chance d’être répercutées auprès du consommateur final, parce que la plupart des économies de coût résultant de réductions de prix viennent gonfler la marge bénéficiaire des producteurs industriels. En ce qui concerne le coût de la réforme, la Cour constate que si la réforme du secteur du sucre a été pensée pour être budgétairement neutre, le coût global pour le budget de l’UE après la réforme pour la période 2007-2013 est susceptible de dépasser de 1,2 milliard d’euros celui d’avant la réforme.

Problèmes d’adaptation
Quant à savoir si les instruments et mécanismes spécifiques ont permis de traiter et d’atténuer les problèmes d’adaptation liés à la réforme, la Cour note qu’à la suite de la réforme, quelque 80 sucreries ont été fermées et que la Commission et les États membres n’ont pas consacré assez d’attention au contrôle de l’impact social direct du démantèlement des installations de production. De plus, aucun élément probant n’a permis de démontrer que l’aide transitoire de 150 millions d’euros octroyée aux raffineurs de sucre de canne traditionnels reposait sur des paramètres objectifs autres que la perte de « certains avantages » dont bénéficiaient précédemment les raffineurs concernés.

La demande mondiale va augmenter de 50 % d’ici 2030
Parallèlement, la société Czarnikow, qui fourni des services de marché dans le secteur sucrier, vient de publier son rapport sur les perspectives des marchés mondiaux du sucre jusqu’en 2030. Le rapport prévoit une augmentation de 50% de la demande mondiale de sucre d’ici 2030, en se basant sur « la hausse du pouvoir d’achat dans les marchés émergents » et sur une augmentation subséquente de la consommation par habitant dans les pays en développement. À l’horizon 2030, la demande mondiale devrait atteindre près de 260 millions de tonnes, ce qui exige une augmentation de 90 millions de tonnes de la production mondiale dans les prochaines années. « La croissance de la productivité et l’intensification des échanges commerciaux seront nécessaires pour satisfaire la demande », le marché mondial devant doubler de volume. La part de l’Asie de la consommation mondiale de sucre devrait augmenter de 40% en 2010 à 49% en 2030. D’après les rapports de presse portant sur l’analyse de Czarnikow, « la consommation de l’Inde va presque doubler », tandis que « la consommation chinoise dépassera la consommation de l’UE aux alentours de 2014 ». L’Afrique devrait également augmenter sa consommation de 10% à 13% de la consommation mondiale. En revanche, la consommation de l’UE « devrait rester stable sur les 20 prochaines années ». La consommation mondiale devrait donc être concentrée de plus en plus vers les pays asiatiques. La moitié de cette augmentation de la production de sucre mondiale devrait être assurée par le Brésil, même s’il est possible que l’UE s’impose à nouveau comme un exportateur de sucre important, étant donné la structure changeante de la demande mondiale.

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