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La créosote, ce traitement du bois controversé si difficile à remplacer

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La créosote est une substance dont le potentiel cancérogène pour l’être humain est supposé, selon le classement de l’UE. C’est aussi le biocide utilisé pour allonger la durée de vie du bois utilisé pour les chemins de fer ou encore les poteaux électriques et télécoms. Les utilisateurs affirment « maîtriser le risque ». Le 24 janvier, la Fédération nationale du bois a rappelé son soutien au renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de trois produits contenant de la créosote. L’avis de l’Anses est attendu.

Le non-renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de la créosote, biocide utilisé sur le bois pour les traverses de chemins de fer et les poteaux électriques et télécoms notamment, représenterait la suppression de 5 000 emplois, selon la Fédération nationale du bois (FNB), le 24 janvier. Ce produit permet de multiplier par quatre la durée de vie du bois. Les trois principaux utilisateurs selon le ministère de l’Écologie sont la SNCF, France télécoms et ERDF (réseau électrique). L’enjeu économique est de taille. « Chaque année, 350 000 traverses neuves sont posées par la SNCF », illustre Nicolas Douzain, délégué général de la FNB. Les 5 000 emplois menacés identifiés par la filière sont localisés dans les sites de production de créosote, mais aussi dans les scieries fournissant les usines de créosotage.

Avis AMM « imminent »

Pour la France, l’Autorité compétente désignée pour l’évaluation des substances biocides est le ministère de l’Écologie (1). L’avis de l’Anses (autorité sanitaire compétente en France) saisi par le ministère de l’Écologie en France est « imminent », affirme la FNB. Plus précisément, l’Anses confirme que trois produits contenant de la créosote (Creosote Maderiol, Rutgers Creosote EN13991 et Creosote BPF Koppers) sont en cours d’évaluation. Selon le procès-verbal d’une réunion du 3 novembre du Comité d’experts spécialisé « substances et produits biocides » de l’Anses, « il s’agit de trois familles de produits composées à 100 % de créosote ». Mais l’autorité sanitaire n’a pu donner de calendrier quant à la publication de son avis.

Feu vert suédois

La Suède, désignée État membre rapporteur, après avis de son autorité sanitaire Kemi, a donné l’évaluation suivante le 30 mars 2016 : « L’utilisation de produits du traitement du bois contenant de la créosote (B et C) est autorisée pour les usages “voies ferrées” et “poteaux électriques et télécommunication” jusqu’au 29 mars 2021 car il n’existe aucune alternative viable économiquement et techniquement ». Puis le 1er juin, le rapport d’évaluation suédois a été envoyé aux autorités compétentes dans les États membres de l’Union européenne concernés. « Dix pays ont d’ores et déjà renouvelé leurs AMM : Pologne, Suède, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Autriche, République Tchèque, Irlande, Croatie, Suisse. »

Un potentiel cancérogène supposé

La créosote est classée cancérogène de type 1B par l’Union Européenne (2) : « Substance dont le potentiel cancérogène pour l’être humain est supposé (données animales) ». Plus précisément, il existe trois types de créosote. Celle de type A est interdite en Europe depuis 2001. Les types B et C sont autorisés. La créosote de type C contient moins de benzo (A) pyrène, la molécule cancérogène, que celle de type B. Néanmoins, le type C reste classé dans cancérogène de type 1B. Concrètement, la créosote n’est dangereuse pour la santé qu’en cas de contacts directs et répétés avec la peau combinés à une exposition au soleil, selon la cellule toxicologique de la SNCF.

Des alternatives non durables

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Les équipes de SNCF Réseau en collaboration avec d’autres sociétés ferroviaires européennes et d’autres industriels européens du traitement du bois travaillent à la recherche d’alternatives à la créosote depuis 2014 au sein du projet « Plancher Bois et Alternatives » dont Patrizia Gregori, spécialiste en impact sanitaire et environnemental au sein de SNCF Réseau, est le chef de projet. Elle explique les défis à relever : « Dans le cadre du projet, nous, utilisateurs, testons les alternatives disponibles sur le marché. On cherche des alternatives qui soient moins dangereuses pour la santé humaine, mais au moins équivalentes techniquement à la créosote. » Et d’expliquer, sur les alternatives : « En effet, il subsiste encore des inconnues relatives à leur innocuité environnementale (aspects de développement durable, gestion des produits en fin de vie) et sanitaire (composition chimique précise des produits, procédés de fabrication, déchets liés à l’usage telles que poussières d’usure, particules…). L’introduction de nouveaux principes techniques requiert plusieurs années d’études, d’adaptation, d’expérimentation et d’évaluation pour obtenir l’assurance d’avoir une solution technique viable et moins dangereuse que la créosote. » Dans un courrier daté du 20 janvier adressé au DG de l’Anses, le directeur général adjoint de SNCF Réseau affirme « qu’à ce jour, il n’existe toujours pas d’alternatives techniquement et économiquement viables pour remplacer la traverse en bois créosoté. »

Une réponse non durable : maîtriser le risque

Au pied du mur, les utilisateurs de la créosote s’emploient à en maîtriser le risque. SNCF Réseau affirme que « de nombreuses actions ont été menées pour accompagner le maintien de cette activité (par exemple : réunion avec les associations pour présenter l’étude d’impact environnemental et sanitaire, augmentation du temps de séchage du bois, travail avec les organisations syndicales, amélioration des équipements de protection individuelle, etc.). »

Par ailleurs, Patrizia Gregori explique que leur site de créosotage à Bretenoux dans le Lot est classé Seveso. Le DG adjoint de SNCF Réseau écrit qu'« entre 2014 et 2016, SNCF Réseau a amélioré de manière continue son processus industriel qui est maîtrisé sur l’ensemble de la chaîne de valeur (emploi exclusif de la créosote de type C, réduction des taux d’imprégnation de moitié, investissements et modernisation industrielle du processus d’imprégnation pour près de 10 M€, etc.) ». De plus, Patrizia Gregori ajoute que le cahier des charges pour l’achat de la créosote à Bretenoux prévoit le respect de certains seuils beaucoup plus restrictifs que les seuils d’identification de la créosote de type C (réduction de la moitié du seuil de benzo (a) pyrène par exemple). Le respect de ces seuils est imposé aussi aux fournisseurs de bois traités. Des contrôles inopinés de la qualité de la créosote sont réalisés régulièrement. Mais à terme, l’avenir de la créosote ne fait pas l’ombre d’un doute. « On sait qu’à terme, on va la supprimer », soutient Nicolas Douzain. La question est de savoir quand et par quoi on la remplacera.

(1) Depuis le 1er juillet 2016, les compétences de décision ont été transférées à l’Anses (Agence Nationale de Sécurité de l’alimentation et du travail). Le ministère a délégué ses missions de décision d’AMM, mais reste l’autorité compétente responsable au regard du Règlement UE n° 528/2012.

(2) Classification CLP (Classification, Labelling and Packaging of substances and mixtures)

« L’introduction de nouveaux principes techniques requiert plusieurs années d’études, d’adaptation, d’expérimentation et d’évaluation »