Le débat d’urgence sur la flambée des prix agricoles et des denrées alimentaires, organisé le 19 mai par le Conseil des ministres de l’agriculture, a donné lieu à des échanges qui ont opposé le Royaume-Uni et les pays nordiques en général à tous les pays qui soutiennent la Pac, comme la France ou l’Allemagne. Selon les uns il est impératif de réduire les dépenses agricoles. Pour les autres, au contraire, la flambée des prix actuelle justifie plus que jamais la nécessité de garantir une production alimentaire européenne suffisante pour faire face à la hausse de la demande liée au développement des pays émergents.
Plusieurs ministres européens lors de leurs interventions ont rejeté l’idée « trop facile » suggérée par certains que la Pac serait une des principales responsables de la crise alimentaire actuelle. Notamment les représentants français et allemands qui ont porté secours à la Pac, quitte à la faire évoluer pour endiguer la crise alimentaire. Pour Michel Barnier, le ministre français, soutenu par ses homologues allemand, espagnol, portugais, belge ou encore luxembourgeois, la crise alimentaire « est une occasion de consolider la Politique agricole commune ». Le représentant allemand, Horst Seehoffer, a nié que la Pac ait quelque chose à voir avec la flambée des prix agricoles et des denrées alimentaires. Les représentants britanniques et nordiques ont, au contraire, plaidé pour une politique qui s’attaque aux causes profondes de la crise alimentaire justement pour ne pas fragiliser à coup de subventions européennes aux exportations, la production dans les pays les plus pauvres du globe.
Pour Michel Barnier, les subventions européennes sont au contraire une réponse « à l’exigence d’une alimentation de qualité, diversifiée, et traçable ». Elles peuvent également permettre aux producteurs communautaires de faire face à la demande liée au développement de géants comme la Chine ou l’Inde.
Amender plutôt qu’affaiblir la politique commune
Comme mesures à moyen terme pour résoudre la crise alimentaire actuelle, plusieurs États membres ont suggéré de rétablir l’aide au développement de l’agriculture comme une priorité et d’encourager la production de biocarburants de deuxième génération. D’autres ont fait le lien entre cette question et la nécessité de parvenir à un accord équilibré à l’OMC. Mais la plupart ont souligné la nécessité d’une politique commune de l’UE pour donner une réponse à la flambée des prix des produits alimentaires, sur la base d’un examen des causes sous-jacentes. Quasiment tous les Etats membres ont salué les mesures concrètes, à court terme, déjà prises par l’Union comme la suspension de la mise en jachère obligatoire, l’augmentation des quotas laitiers et la suspension des droits à l’importation sur les céréales. En outre, dans le cadre du bilan de santé de la Pac, il sera envisagé d’autres mesures, telles l’élimination de la prime aux cultures énergétiques et son remplacement par une promotion de la production de la deuxième génération d’agrocarburants fabriqués à partir de sous-produits qui n’en-trent pas en concurrence avec la production alimentaire.
Les ministres, mais également la Commission européenne, ont estimé que la note de réflexion de la présidence slovène qui a servi de base aux débats, résumait bien les causes et les conséquences de la hausse des prix des denrées alimentaires. Selon cette note, les prix ont augmenté pour plusieurs raisons, dont beaucoup sont d’ordre structurel et sont susceptibles de perdurer. Outre la croissance de la population globale, une plus grande prospérité dans les économies émergentes serait un des principaux moteurs de la demande croissante pour les produits agricoles et alimentaires. De même, le monde fait face à une demande croissante en agrocarburants. Dans le même temps, l’offre a été affectée par une baisse de la production agricole dans les principales zones de production en raison de mauvaises conditions météorologiques. En outre, un taux élevé des prix des intrants, en particulier les coûts des carburants, ont également contribué à l’augmentation des prix des produits alimentaires. La situation a été par ailleurs exacerbée par les réponses politiques récentes de certains pays qui ont appliqué des restrictions à l’exportation et par des pressions spéculatives.
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Le phénomène n’est pas temporaire, selon la Commission
En s’adressant au Conseil des ministres, la commissaire européenne à l’Agriculture, Mariann Fischer Boel, a cherché à apaiser les craintes nées de la hausse des prix alimentaires, affirmant que cela n’allait pas durer. Selon elle, sur le moyen terme, les prix pourraient fluctuer autour d’un niveau plus élevé que celui enregistré au cours des dernières décennies. Elle ne pense pas que les niveaux records atteints ces derniers mois vont pouvoir perdurer.
Elle a également rejeté les suggestions de la France consistant à accroître la protection en faveur de la production alimentaire de l’UE. Selon elle, cette approche, si elle peut être profitable sur le court terme, serait, à long terme, très dangereuse et en contradiction avec l’évolution des négociations à l’OMC. Il faut, selon elle, plus d’ouverture des marchés et plus de concurrence. Toutefois, la Pac reste à ses yeux, un bon instrument pour fournir le soutien nécessaire aux agriculteurs dans les moments de crise et aux secteurs ayant des problèmes particuliers, comme par exemple les producteurs de lait dans les régions défavorisées.
La crise alimentaire sur tous les agendas
Si des débats intensifs se déroulent dans les organisations internationales concernées (ONU, FAO, FMI, Banque mondiale) pour trouver des solutions appropriées, l’Union ne veut pas être en reste. La question des prix élevés restera au centre des discussions au niveau de l’UE, non seulement en raison de la hausse des prix au niveau mondial, mais aussi en raison de ses effets sur l’inflation dans l’UE. Par conséquent, la présidence slovène envisage de tenir des discussions sur des aspects spécifiques dans les formations du Conseil, contribuant ainsi à des solutions intégrées. Ainsi le conseil « Affaires générales et relations extérieures » se concentrera sur la dimension du développement lors de sa réunion des 26 et 27 mai 2008 et le conseil Affaires économiques et financières sur les incidences financières lors de sa réunion du 3 juin 2008.