Si Bruxelles semble tenir compte de la crise que traverse l'élevage en Europe, rien ne dit que les mesures prises seront suffisantes pour l'enrayer. En France, les filières bovines et porcines tentent, médiation à l'appui, de revaloriser le prix payé aux éleveurs. Dans le lait, la crise de la filière se double de celle de l'interprofession. Thierry Roquefeuil, président de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), a ainsi claqué la porte du Cniel (Centre national interprofessionnel de l'économique laitière), qu'il présidait depuis 2013.
Après un week-end émaillé de nombreuses actions d'éleveurs et de producteurs de lait, notamment dans l'Ouest, Stéphane Le Foll a annoncé, dans un communiqué du 13 juillet, que le Conseil des ministres de l'Agriculture à Bruxelles avait obtenu l'accord de la Commission pour prolonger les mesures d'intervention publique et de stockage privé des produits laitiers industriels au-delà du 30 septembre 2015. Il a « également rappelé la position constante de la France pour que des outils de régulation soient mis en place à l'échelle européenne afin d'être en capacité collective de prévenir les crises de marchés dans un environnement mondialisé », souligne un communiqué. Concernant la viande porcine, « la France, avec le soutien de plusieurs délégations, a demandé un allongement de la durée de stockage des produits stockés au printemps dernier (…). Cette demande va être examinée par les services de la Com-mission ». Enfin, une nouvelle discussion sur l'état des marchés aura lieu dès le conseil informel de septembre (sans attendre le conseil d'octobre), indique le communiqué.
UNE MÉDIATION POUR FAIRE RESPECTER LES ENGAGEMENTS EN VIANDES BOVINE ET PORCINE
Ces annonces vont-elles suffire à faire revenir le calme dans les campagnes ? Rien n'est moins sûr, tant les éleveurs semblent excédés. Il faut dire que dans le secteur des viandes porcines et bovines, malgré les engagements pris, les opérateurs ne respectent pas tous les hausses de cotations prévues. Le ministre de l'Agriculture, s'il n'a aucun moyen juridique de contraindre les opérateurs à jouer le jeu, assure exercer des pressions : il a demandé « aux préfets de rappeler chaque opérateur à ses engagements si nécessaire », explique-t-il dans un communiqué du 8 juillet. L'intervention du médiateur des relations commerciales, décidée le 1er juillet en viande bovine et le 8 juillet en viande porcine, a justement pour objet d'aider les différentes parties à trouver un terrain d'entente.
LE LAIT DE CONSOMMATION AU CHÔMAGE TECHNIQUE
Dans le lait, la crise ne concerne plus seulement l'élevage mais aussi la transformation, notamment dans le lait de consommation. Syndilait (organisation des entreprises du lait de consommation) a ainsi annoncé, dans un communiqué du 9 juillet, que cer-taines laiteries ont commencé à prendre des mesures de chômage technique. « Face à la très forte hausse des importations, qui atteint + 63% sur mars-avril 2015 vs mars-avril 2014, les carnets de commandes des laiteries françaises n'en finissent plus de se contracter, entraînant depuis quelques semaines une sous-activité moyenne des sites de l'ordre de 20%, voire de 35% pour certaines laiteries », explique l'organisation professionnelle dans son communiqué. Outre le chômage technique, « on s'achemine également vers des destructions massives de lait collecté par les producteurs hexagonaux », prévient Syndilait.
THIERRY ROQUEFEUIL DÉMISSIONNE DE LA PRÉSIDENCE DE L'INTERPROFESSION
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Entre des éleveurs en détresse et une transformation aux abois, les tensions se sont exacerbées au point que Thierry Roquefeuil, président de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), et président du Cniel (Centre national interprofessionnel de l'économique laitière) depuis 2013, au titre du collège des producteurs, a claqué la porte de l'interprofession le 9 juillet.
Selon les témoignages recueillis par Agra Presse, la Fnil (Fédération nationale des industries laitières) et la FNCL (Fédération nationale des coopératives laitières) refuseraient de discuter des volumes et des prix au sein de l'interprofession. Une position clairement exprimée à l'issue d'une suspension de séance qui a amené Thierry Roque-feuil à démissionner. « Je considère que je ne peux pas cautionner, en tant que président du Cniel, cette attitude d'indifférence des collèges des transformateurs alors que j'appelle depuis de longues semaines à la responsabilité de tous les acteurs de la filière », a-t-il expliqué dans un communiqué.
L'INTERPROFESSION LAITIÈRE DANS UNE SITUATION DE BLOCAGE ?
Dans cette crise de l'interprofession, la coopération est en première ligne. Les syndicats minoritaires ont vigoureusement exprimé leur ras-le-bol de la gestion coopérative la semaine passée. Ils ont notamment Sodiaal en ligne de mire (Agra Alimentation du 9 juillet 2015). « On ne change pas le marché parce qu'on en a discuté en interprofession. Je reconnais parfaitement que la conjoncture est difficile pour la filière, aussi bien pour les producteurs que pour les industriels. Nous sommes exposés à la violence du marché international. Tous les acteurs doivent se retrousser les manches », a expliqué Dominique Chargé, président de la FNCL, à Agra Presse le 13 juillet. A l'heure de la libéralisation du marché, ce discours pourra-t-il tenir longtemps ?
Dans la plupart des interprofessions, la coopération est représentée dans les divers collèges (producteurs, abattage / découpe…), qui correspondent aux différents maillons de la filière, et chaque collège défend les intérêts de son métier. L'inteprofession laitière est, elle, structurée autour de trois collèges sans lien réel avec les différents champs d'activité de la filière : producteurs, industries et laiteries privées, coopératives laitières. Dans la situation actuelle, défendre les éleveurs et les transformateurs relève d'un impossible grand écart, et la FNCL semble avoir fait le choix de porter le discours des seconds. Une position qui irrite certainement du côté des éleveurs. En attendant, à défaut d'interprofession, la filière laitière devra peut-être passer, comme les filières bovines et porcines, par une médiation.