Les mesures mises en œuvre pour tenter de redresser le secteur laitier sont un test pour améliorer à l’avenir les instruments de gestion des crises et de sauvegarde du revenu de la Pac. Des pistes ont été évoquées lors d’un échange de vues entre la task force européenne sur les marchés agricoles et les États membres.
Les problèmes structurels du secteur laitier et les solutions possibles à l’avenir ont été débattus le 16 septembre lors d’une réunion de la task force européenne sur les marchés agricoles et les « représentants à haut niveau » des États membres. La volatilité des prix, qui touche particulièrement ce secteur, doit être examinée en même temps que les niveaux de prix, a estimé Cees Veerman, le président de la task force, qui a cité certaines des pistes explorées par celle-ci sans dévoiler la teneur du rapport qu’elle doit soumettre vers la fin de l’année. La volatilité des prix peut être atténuée par des instruments de gestion des risques (marchés à terme, assurances, contrats), tandis que les prix dépendent plus de la compétitivité (au niveau individuel ou global), qui peut être améliorée grâce à la formation et la recherche, a-t-il estimé.
Dérogations aux règles de la concurrence
La task force envisage également la prévention des pratiques commerciales abusives et de possibles dérogations aux règles de la concurrence comme des moyens de renforcer la position des agriculteurs dans la chaîne alimentaire, a poursuivi Cees Veerman. Enfin, la concrétisation de la coopération au sein du secteur laitier, de même que le soutien qui peut être apporté dans ce domaine, est un élément essentiel de la réflexion de la task force.
Réagissant à ces propos, les représentants des États membres ont eux aussi souligné la nécessité d’améliorer le fonctionnement de la chaîne alimentaire et de favoriser une meilleure intégration des exploitants via les coopératives et les organisations de producteurs. Ils se sont aussi prononcés, selon un résumé des discussions établi par les services de la Commission européenne, pour une politique laitière qui préserve l’orientation vers le marché tout en apportant des réponses à la volatilité croissante, notamment avec le développement d’outils de gestion des risques, et pour une meilleure connection entre les agriculteurs et les consommateurs.
Solutions privées et publiques face à la volatilité
Sur la base d’un questionnaire, les représentants des États membres ont par ailleurs estimé pour la plupart, lors de la réunion avec la task force européenne, que le fonctionnement du filet de sécurité et son efficacité pour stabiliser le marché étaient globalement satisfaisants, bien que les récentes expériences aient montré ses limites dans le soutien au revenu agricole. Certains d’entre eux ont suggéré de lier l’éligibilité à l’intervention publique à une discipline de production, tandis qu’un certain nombre a fait l’éloge des mesures exceptionnelles du type aide ciblée.
Face à la volatilité des prix, la préférence a été donnée par les intervenants aux solutions de gestion des risques tant privées (contrats à terme, contrats à long terme, contrats sur les prix ou les marges, création de réserves dans les années rentables) que publiques (outils de stabilisation des revenus, régimes d’assurances, fonds mutuels).
Enfin, le « paquet lait », qui fera l’objet d’un rapport de Bruxelles à la fin de l’année, a été considéré comme un instrument efficace pour améliorer les relations contractuelles, mais son potentiel ne semble pas encore totalement exploité.
Transparence
La plupart des représentants des États membres ont aussi considéré, répondant à une autre question, que les paiements directs découplés étaient un bon moyen de protéger et stabiliser le revenu des agriculteurs, plusieurs d’entre eux soulignant toutefois l’importance des paiements couplés, notamment pour sauvegarder la production de lait dans les zones les plus vulnérables.
L’instauration d’un composant contracyclique dans les paiements découplés a été mentionnée, en tant que piste éventuelle pour rendre ces derniers plus efficaces.
Il s’est avéré enfin que peu d’États membres ont mis en place des observatoires des prix en tant que tels, même s’ils disposent tous de systèmes de collecte et dissémination des données.
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L’Observatoire européen du marché du lait est donc vu comme une amélioration importante en termes de transparence, et il pourrait utilement être complété avec des informations sur les autres étapes de la chaîne d’approvisionnement dans ce secteur. Tout en évitant cependant une charge administrative excessive.
Des pistes évoquées par le service de recherche du Parlement européen
L’évaluation de l’efficacité des mesures anti-crise mises en œuvre par Bruxelles, pour le secteur laitier notamment, permettra de déterminer les moyens les plus efficaces de promouvoir l’agriculture de l’UE à l’avenir, selon une analyse du service de recherche du Parlement européen.
Selon lui, ces dispositifs peuvent être les suivants : « des efforts pour améliorer la compétitivité et l’accès au crédit par le biais d’instruments financiers renforcés ; soutien du revenu, avec des paiements directs découplés et un soutien couplé spécifique ; des outils de gestion des risques pour atténuer les effets de la volatilité des prix ; une politique de développement rural plus orientée vers l’emploi et plus simple ; des accords de gestion de l’offre, y compris des accords volontaires ; d’autres mesures de marché, par exemple des régimes de stockage privé et public plus adaptés, avec, entre autres, des retraits des produits du marché et leur distribution aux personnes dans le besoin ; des exportations accrues vers les pays tiers au travers d’accords de libre-échange équilibrés et un politique forte de promotion ».
(1) Voir n° 3528 du 11/01/2016
Et la viande bovine ?
Le ministre français de l’agriculture, Stéphane Le Foll, a annoncé le 14 septembre qu’« un courrier serait adressé à Phil Hogan pour faire état des difficultés sur marché de la viande bovine et lui demander des mesures exceptionnelles de marché ».
En visite en Bretagne le 15 septembre, le commissaire européen a estimé que ce secteur devrait bénéficier de l’amélioration du marché laitier, et que le vrai défi réside dans la relance de la consommation.
Lait : FrieslandCampina incite à la réduction de la production
La coopérative laitière néerlandaise FrieslandCampina a annoncé qu’elle paierait 10 cents par kg de lait non produit à ses producteurs pendant une période de six mois (à partir du 1er octobre). Ce soutien viendra donc s’ajouter aux 14 cts/kg que Bruxelles accorde aux éleveurs laitiers qui s’engagent à réduire leur collecte (dans le cadre du plan d’aide de 150 millions €). FrieslandCampina dispose pour cela d’une enveloppe de 15 millions €. L’objectif est de diminuer la production pour faire face à l’effondrement des prix mondiaux des produits laitiers, mais également de limiter la production d’effluents d’élevage alors que les Pays-Bas vont réviser à la baisse leurs seuils pour l’épandage de phosphates. La coopérative néerlandaise avait déjà, début 2016, proposé à ses producteurs une prime pour qu’ils réduisent leur collecte (1).
La coopérative néo-zélandaise Fonterra a, elle, annoncé le 21 septembre une nouvelle hausse de 0,5 $/kg – la deuxième en un mois – du prix payé à ses producteurs qui est ainsi passé de 2,8 à 3,4 €/kg depuis fin août. « L’offre internationale a continué de baisser et la demande reste stable », explique Fonterra qui avait dû fortement baisser ses prix d’achat l’an dernier. Le prix payé par Fonterra, premier exportateur mondial de lait, à ses producteurs est considéré comme une référence au niveau mondial.