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Céréales La crise financière ne fait qu’amplifier la baisse des marchés

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Qui, d’une offre trop abondante ou de la crise financière, plombe le marché des céréales ? Pour un certain nombre d’experts, ce sont plutôt les fondamentaux du marché qu’il faut accuser. Le retrait des financiers, qui apparaît limité, semble surtout jouer un rôle amplificateur. Le marché garderait donc sa raison… A priori.

Petit à petit, les prix des céréales se rétractent. De 195 euros/t le 21 août, le prix de la tonne de blé rendu Rouen a franchi à la baisse le palier des 150 euros/t, pour descendre à 145 euros/t le 8 octobre. Les « seuils psychologiques », si chers aux analystes, passent et trépassent les uns après les autres. En maïs, les cours ne cessent de baisser depuis le début de l’été, le prix rendu Bordeaux étant tombé début octobre à 122 euros/t. Ce renversement de tendance a plusieurs explications, dont une essentielle : l’orientation baissière à court terme des fondamentaux. Aucun des principaux producteurs et exportateurs mondiaux de céréales n’enregistre cette année de mauvaise récolte. Résultat : les surfaces ensemencées en céréales ayant explosé du fait de la flambée des cours de 2007, les silos sont pleins. Selon le CIC (Conseil international des céréales), la récolte mondiale monte à 1,75 milliard de tonnes, contre 1,69 milliard en 2007.

Le pétrole victime de la crise

Depuis quelques semaines, la crise financière s’est invitée dans ce contexte baissier. Ses effets se font indubitablement sentir au travers du « lien fondamental qui existe entre les céréales et le pétrole », que souligne Jean-Loïc Bégué-Turon, chez Sigma Terme. Rappelons qu’un tiers de la production de maïs des Etats-Unis, premier producteur et exportateur mondial, part aujourd’hui dans la fabrication d’éthanol. Or après avoir grimpé à près de 150 dollars cet été, le baril de pétrole, plombé par les craintes de récession, est passé sous la barre des 90 dollars début octobre. La crise se traduit également par le repli des fonds financiers arrivés en force depuis deux ans sur les marchés à terme du blé ou du maïs. En témoigne l’importante baisse du nombre de contrats enregistrés sur le marché à terme de Chicago.

Des fonds présents pour profiter des hausses

En blé, les opérateurs commerciaux, qui incluent les fonds de pension, investisseurs, ne détiennent plus que 160 000 contrats contre 270 000 en janvier. Faut-il s’en inquiéter ? Pour Philippe Chalmin, professeur d’économie à l’université Paris Dauphine, « ces fonds qui réagissent aux variations d’indice conservent une position acheteuse permanente. Ils ont joué la hausse des cours et ne sont pas équipés pour la baisse ». Des départs compréhensibles, donc. Jean-Loïc Bégué-Turon estime pour sa part que « les sommes placées dans les matières premières agricoles ne représentent que 3 à 5 % du budget de ces fonds ». Ce n’est donc pas grâce à ces investissements marginaux que les financiers peuvent espérer récupérer beaucoup de liquidités. Leur retrait devrait s’en trouver limité. En maïs, la chute la plus visible concerne les opérateurs non commerciaux, qui englobent les fonds spéculatifs très présents sur ce marché de plus en plus lié aux variations du baril. En quelques mois, ils ont divisé par deux leurs positions. Dans une logique de court terme à l’inverse des fonds de pension, ils n’ont pas intérêt à conserver des positions sur un marché baissier.

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Un marché physique capable de se déconnecter du papier

Pour Pierre Neuviale, directeur général de la FNA (Fédération du négoce agricole), les financiers présents sur le marché des matières premières fonctionnement finalement comme « des amplificateurs des variations du marché ». Vont-ils déstabiliser les cours en provoquant un « excès de baisse » ? Pas forcément. « Ce printemps, les investisseurs sont beaucoup intervenus, poussant le CBOT à réagir fortement à la hausse, remarque Andrée Defois, présidente de Tallage-Stratégie grains. Le marché physique a fini par se déconnecter du marché à terme ». Une prime négative s’est même instaurée entre la cotation du blé à Chicago et le prix Fob Golfe du Mexique, alors qu’elle est habituellement positive.

Peu de financiers sur Euronext

Autrement dit, le marché physique a su être « raisonnable » face aux errements d’un marché à terme dominé par des opérateurs qui n’ont pas de marchandises à gérer. Ce qu’une étude de la DGTPE parue en juillet dernier résume ainsi : « L’effet du comportement des intervenants financiers sur la hausse des prix agricoles au comptant, bien que difficile à quantifier, paraît moins marquée que celui des facteurs d’offre et de demande ». Difficile de penser que cet effet puisse être différent dans un contexte baissier. D’autant plus que le marché à terme européen n’est pas en prise directe avec ces nouveaux acteurs, qui détiendraient moins de 10 % des positions sur le marché du blé. Ils agissent donc surtout via l’étroite corrélation qui existe entre les marchés européen et américain… Et qui ne se vérifie vraiment que depuis le décollage des cours du prix d’intervention.