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La décision de l’OMC sur Airbus crée l'inquiétude dans l'agroalimentaire

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Les représentants de l'industrie alimentaire de l’UE expriment leurs « profondes préoccupations » suite à l'annonce faite par les États-Unis d'imposer des droits de rétorsion de 25 % sur les produits alimentaires et les boissons de l'UE, suite à la décision de l’OMC sur l'affaire des subventions à Airbus. A leur tour, ils appellent à la concertation avec Washington.

Le 2 octobre, un arbitre de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) a rendu sa décision sur le niveau des contre-mesures pouvant être demandées par les États-Unis à l’UE dans le cadre des « subventions illégales à Airbus», selon l’OMC. Le verdict de l’OMC donne le droit aux États-Unis d’introduire des tarifs de rétorsion sur une large gamme de produits européens afin de récupérer jusqu'à 7,497 milliards de dollars par an. Ces taxes douanières seront imposées à partir du 18 octobre 2019 : 10 % sur les avions importés de l’UE et 25 % sur d’autres produits, dont notamment le vin français, le fromage italien, le whisky écossais et l’huile d’olives espagnole, selon une liste publiée par les services du Représentant américain au Commerce (USTR). La majeure partie des sanctions sera appliquée aux importations en provenance de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne et du Royaume-Uni, « les quatre pays à l’origine des subventions illégales » accordées à l’avionneur européen Airbus, a précisé l’USTR.

La Commission européenne a déclaré à ce propos que l’application de contre-mesures américaines dès maintenant serait « contre-productive » et elle a annoncé son intention de négocier et de trouver une solution globale tout en précisant que ce sont les consommateurs américains qui seraient les plus touchés. De son côté, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, a jugé que les États-Unis feraient « une erreur économique et politique » s’ils décidaient d’imposer leurs sanctions tarifaires. Soulignant la volonté des Européens de « faire redescendre les tensions », il a également affirmé qu’ils étaient prêts à « répondre de façon ferme » aux sanctions.

Réagissant à son tour à l’annonce de ces nouveaux droits de douane punitifs, FoodDrinkEurope (FDA), le porte-voix de l'industrie européenne de l'alimentation et des boissons, « regrette profondément » que la liste américaine des produits devant faire l'objet de contre-mesures « comprenne un large éventail de produits alimentaires et de boissons qui seront soumis à des droits de rétorsion de 25% ». Les industriels européens considèrent que cette « décision alarmante entravera gravement l'accès des produits alimentaires et des boissons européens au marché américain, qui est actuellement la première destination étrangère de l'industrie européenne, avec une valeur des exportations qui a dépassé 20 milliards d'euros en 2018, soit environ 18 % du total des exportations hors-UE de denrées alimentaires et de boissons » (1). Ils dénoncent "les dommages collatéraux que les différends de l'OMC dans le domaine de l'aviation civile causeront aux relations bien établies entre l'UE et les États-Unis dans le secteur de l'alimentation et des boissons de l'UE dont 99 % sont des petites et moyennes entreprises". A leurs yeux, ces dernières pourraient finir par payer le prix d'un différend provenant d'un secteur totalement indépendant. "Non seulement, cela nuira à l'industrie alimentaire elle-même, mais cela aura aussi des conséquences extrêmement négatives pour les chaînes d'approvisionnement, les travailleurs et les consommateurs dans l'UE et aux États-Unis"

Les responsables de l'industrie européenne demandent donc à l'UE et aux États-Unis d'engager un dialogue constructif afin de résoudre rapidement les différends aériens et d'éviter une nouvelle escalade des tensions commerciales. « Tous les efforts devraient se concentrer sur un programme commercial positif qui vise à renforcer nos relations commerciales transatlantiques de longue date », a indiqué Mella Frewen, la directrice générale de FoodDrinkEurope.

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Même disposition du côté des producteurs agricoles

La réaction du Copa-Cogeca (syndicats et coopératives agricoles de l’UE) est allé dans le même sens. Il demande aux deux parties d’éviter toute escalade des droits de douane pour les produits agroalimentaires et de s’engager à négocier les questions commerciales de manière rationnelle, tout en respectant les accords commerciaux multilatéraux. Ils soutiennent les efforts de la Commission européenne qui a déclaré son intention de trouver, par le biais de négociations, des solutions qui soient bénéfiques aux deux parties afin de régler cette question non-agricole. Pekka Pesonen, secrétaire général du Copa-Cogeca, a regretté « que ce soit, à nouveau, le secteur agricole qui paie l’addition pour une décision politique sur le commerce qui n’a rien à voir avec le secteur agricole ». Lui aussi a demandé aux décideurs politiques de l’UE « de créer un environnement commercial plus prévisible pour le bien de la communauté agricole et des consommateurs du monde entier. »

(1) De leur côté, les importations communautaires de produits alimentaires et de boissons américains ont dépassé 5 milliards d’euros en 2018, soit environ 7 % du total des importations extracommunautaires de denrées alimentaires et de boissons (Source FDA).