Après deux jours de débat, le congrès de la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL) s'est achevé le 19 mars, à Albi. Les producteurs étaient plutôt sereins face à la fin de la régulation de la production au 1er avril prochain. La demande mondiale en hausse, du fait de la croissance démographique, rassure fortement, même si la volatilité reste un sujet délicat. Par contre, les incertitudes qui règnent encore à propos de la nouvelle Pac cristallisent les inquiétudes. « Incohérence », « imprécision », « une administration qui nous balade », les réactions fusent sur le sujet. Et Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, n'a pas rassuré lors de son intervention vidéo de clôture.
C'est dans un état plutôt « apaisé » et dans une « démarche de construction » de la part des producteurs, que s'est déroulé le congrès de la FNPL, estime André Bonnard, trésorier de la structure, les 18 et 19 mars à Albi. La fin des quotas ne semble pas inquiéter outre-mesure les producteurs, à l'inverse des incertitudes qui planent encore sur l'application de la nouvelle Pac. « Les producteurs de lait français en ont encore sous le pied ! », s'est-il exclamé, en commentant les capacités de production des éleveurs. Par contre, ne toujours pas connaître le montant des aides Pac crispe bon nombre de producteurs. « C'est normal car la Pac nous donne les moyens de nous intégrer » dans l'avenir, explique l'un d'entre eux. « La Pac, c'est une vraie usine à gaz », s'exclame de son côté Marie-Thérèse Bonneau, secrétaire générale de la FNPL. La convergence va faire perdre des aides à certaines exploitations, notamment dans l'ouest de la France. De quoi alimenter les discussions durant le congrès. « Avec le verdissement, nous risquons de perdre 10 à 15% également », estime un producteur. Si certains discours sont alarmistes sur l'avenir des exploitations, notamment en zone de montagne, ou encore sur l'installation des jeunes, d'autres se veulent beaucoup plus positifs du fait de la demande du marché mondial.
Des producteurs aux avis divergents
« Fin des quotas et réforme de la Pac, cela va être terrible ! », s'exclame un producteur du Sud-Ouest. « Le prix ne va pas. La nouvelle réforme de la Pac va finir de nous assassiner. On ne sait pas du tout où l'on va et même les banques ne veulent pas nous suivre », continue-t-il. Il imagine « la campagne laitière 2015 comme celle de 2008-2009 » et déconseille à son fils de s'installer, même s'il réfléchit tout de même à une unité de transformation du lait en beurre et crème sur l'exploitation. « C'est 100 à 150 000€ d'investissements ! Mais il y a de la demande, comme chez les chocolatiers », relève-t-il. Son discours inquiet n'est pas partagé par tous. Ainsi un autre producteur du Pas-de-Calais, expose un avis tout à fait différent : « La demande mondiale sera là. Il y aura de la place pour tous types de structures. L'important est que chacun s'y retrouve. Nos producteurs sont prêts. Il ne faut pas se sentir condamné car nos structures sont plus petites qu'ailleurs ». Au-delà de l'opposition de ces deux discours, ce qui frappe également c'est le rapport de ces deux producteurs avec leur coopérative.
L'enjeu : la confiance entre producteurs et coopératives
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Le discours alarmant s'accompagne d'une relation de confiance fortement affectée entre producteur et coopérative : « Je ne fais plus confiance aux coopératives. Elles sont devenues des groupes financiers. Elles sont trop dans l'agro-finance. C'est absurde. Elles font des bénéfices colossaux et nous n'en profitons pas ». A l'inverse, le discours positif sur l'avenir de la production s'accompagne d'une confiance forte : « Nous avons du poids dans nos coopératives ». Le producteur reconnaît cependant que ce « poids », les adhérents l'ont conquis. D'autre part, la solution pour le maintien de structure familiale (350 000 à 400 000 litres de lait), « n'est pas que dans la taille des exploitations », estime notre producteur du Pas-de-Calais. Le niveau technique de l'éleveur et la possibilité de s'organiser autour de la main d'œuvre sont aussi des enjeux clefs. « La solution n'est pas seulement dans l'agrandissement », confirme-t-il. Il soulève la délicate question des réglementations qui s'empilent et dont les changements incessants « ne sont pas productifs ». L'ICHN en est un bon exemple. « L'administration nous balade depuis deux mois », confirme un voisin. « Avec ce projet d'ICHN, il n'y aura plus de lait en montagne », continue ce dernier.
La fin des quotas, presque un non évènement
Pour Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, « les inquiétudes liées à la Pac, son incohérence, ses imprécisions ont été bien mises en évidence ces deux derniers jours. Les laitiers vont être très perdants car certains avaient une référence de DPU (droit à paiement unique) élevée. Concernant la fin des quotas, les contrats assurent une relation imparfaite mais donnent une certaine lisibilité. Il reste certes des incertitudes mais des outils ont été créés pour l'après-quota ». Il regrette fortement « le manque de confiance et de concertation » entre producteurs et transformateurs. « Les choses sont possibles quand il y a de la cohérence entre producteurs et industriels, relève-t-il. La fin des quotas serait presque un non-évènement si la contractualisation laitière qui souffle sa 5e bougie faisait totalement ses preuves ». Au sujet de la coopération, il ajoute : « Moi, la coopération, je veux y croire à condition que les sociétaires soient acteurs de la stratégie de leur coopérative. Les sociétaires doivent s'investir et être écoutés aux assemblées de section. Les éleveurs doivent accéder à toute l'information économique et industrielle ».