En 2018, la demande pour les produits laitiers de l’UE devrait rester forte tant au niveau du marché intérieur que du marché mondial. C’est en tout cas ce que prévoient les experts de la DG Agriculture de la Commission européenne dans leurs dernières Perspectives à court terme des marchés agricoles de l’UE en 2018/2019.
En 2018, la demande de produits laitiers de l’UE devrait rester forte tant au niveau du marché intérieur (+0,7 %) que du marché mondial (+4 %). Et selon les auteurs du rapport de la DG Agriculture, les deux facteurs principaux qui pourraient affecter la compétitivité commerciale de l’UE dans les mois à venir seraient, d’une part, l’évolution du taux de change (légèrement favorable à l’UE dans les dernières semaines) et la disponibilité du lait au cours des saisons laitières prochaines en Nouvelle-Zélande (et dans d’autres pays concurrents). De plus, il reste à voir si d’autres possibilités s’offriront à l’UE à l’occasion de l’introduction de tarifs douaniers sur les produits laitiers américains par la Chine et le Mexique, en représailles aux tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium. A titre de rappel, la Chine a introduit des tarifs de 25 % sur certains produits laitiers américains à partir du 5 juillet 2018 et le Mexique a annoncé des tarifs variant entre 10 et 25 % sur différents types de fromages dont les États-Unis sont le principal fournisseur (75 % des importations de fromage du Mexique en 2017).
Croissance ralentie des exportations de fromage de l’UE
La transformation du fromage continue d’offrir de bons rendements d’autant plus que les prix du fromage sont à la hausse et que l’augmentation du volume de lait collecté au cours des 4 premiers mois de l’année 2018 a entraîné une croissance de 3 % pour les exportations de fromage par rapport à l’année 2017. La baisse des prix observée à la fin de 2017 a été inversée en janvier 2018 et les prix ont recommencé à augmenter, pour atteindre 3360 euros/t à mi-parcours pour le cheddar. En 2018, la production fromagère de l’UE devrait connaître une augmentation de plus de 2 %, sous l’impulsion de la demande et du marché intérieur et du marché mondial. Sur le marché intérieur, les utilisations devraient croître de 1,5 %, principalement grâce aux utilisations industrielles bien que les ventes au détail soient également sur un trend soutenu. Sur le marché mondial, au cours des 4 premiers mois de l’année 2018, le renforcement de la compétitivité des principaux pays concurrents de l’UE (en particulier les États-Unis) a exercé des pressions sur les exportations de fromages de l’UE, lesquelles ont réussi tout juste à maintenir leurs niveaux de l’année précédente. Toutefois, la tendance à l’augmentation des exportations de fromages de forte valeur a été observée au niveau de certains États membres, par exemple l’Italie. Au vu de la tendance à la hausse régulière des importations japonaises ces dernières années, on s’attend à une nouvelle croissance et les exportations de fromages de l’UE dans leur ensemble devraient augmenter de 2,5 % en 2018.
Sortie des stocks de lait écrémé en poudre tirée par une bonne demande
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En avril 2018, après 3 mois de forte croissance, la production de lait écrémé en poudre (LEP) a été inférieure à celle de l’année dernière, principalement en raison de la baisse de la collecte du lait en France et en Irlande. Les experts de l’UE estiment qu’avec le ralentissement imminent de la collecte de lait en Europe, la croissance de la production de LEP devrait être inférieure à 3 % en 2018 par rapport à l’année précédente.
Au cours des quatre premiers mois de l’année, la demande mondiale en LEP est restée particulièrement élevée (augmentation de 14 % des exportations des 4 plus grands acteurs mondiaux : UE, États-Unis, Nouvelle-Zélande et Australie). L’UE est restée le premier exportateur mondial et ses exportations ont enregistré une croissance de 8 % par rapport aux quatre premiers mois de l’année précédente. En ce qui concerne les principales destinations d’exportation de l’UE, même si les exportations vers le Moyen-Orient ont connu une croissance significative, ce sont les exportations vers l’Algérie (+53 %, ce qui représente un cinquième des exportations de l’UE) et vers l’Égypte (+65 %) qui ont connu la plus forte croissance. En revanche, les exportations de l’UE vers les principaux marchés asiatiques (Chine, Indonésie et Philippines) ont diminué de façon significative. En outre, les ventes de lait écrémé en poudre provenant des stocks d’intervention du début 2018 à juin se sont élevées au total à près de 100 000 tonnes. Pour le reste de l’année 2018, des volumes supplémentaires pourraient être vendus à partir des stocks d’intervention en raison de la forte demande mondiale. Compte tenu de leurs prévisions de production (+3 %), les experts de la DG Agriculture tablent sur des ventes totales qui pourraient s’élever à 150 000 t en 2018.
Dans un tel scénario, les exportations de LEP de l’UE augmenteraient de 10 %, tandis que les stocks privés pourraient augmenter jusqu’à 115 000 tonnes et les stocks d’intervention publics jusqu’à 230 000 tonnes.
Marché du beurre sous-approvisionné
En dépit de l’augmentation de la production laitière de l’UE, le marché du beurre reste sous-approvisionné, ce qui est le résultat de la baisse de la collecte du lait dans certains des principaux pays producteurs (France, Pays-Bas et Irlande) ainsi que de la baisse de la production de beurre en Allemagne. En avril dernier, la production cumulée n’était supérieure que de 1 % à la production à la même époque l’année dernière et les stocks privés avaient atteint une baisse record. Néanmoins, le niveau élevé de la demande intérieure et de la demande mondiale continue de soutenir le prix élevé du beurre, lequel a connu une tendance à la hausse depuis le début de l’année, atteignant 5 800 euros/t à la mi-juin. Les exportations de beurre de l’UE n’ont augmenté que de 1 % en janvier-avril 2018 par rapport à la même période de l’exercice précédent en raison notamment du manque d’offre et des prix élevés. Avec une croissance de 3 % de ses exportations, la Nouvelle-Zélande maintient sa position dominante sur ce marché avec une part de marché de 60 %. Les experts de l’UE estiment qu’au cours de l’année 2018, il est probable qu’il y aura plus de quantités de lait qui seront dirigées vers la production de beurre, laquelle pourrait enregistrer une croissance de près de 3 %. Les exportations de beurre, quant à elles, augmenteraient probablement de + 5 % par rapport au niveau de l’année dernière.