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Appellations/Vins La DGCCRF interdit le terme « cru bourgeois »

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Suite à l’annulation en cour d’appel de Bordeaux du nouveau classement des crus bourgeois du Médoc, contesté par tous les « recalés », la DGCCRF vient d’interdire aux viticulteurs d’utiliser cette mention. C’est le désarroi le plus complet dans la région et l’incertitude demeure sur les voies à suivre en attendant la remise à plat d’un classement définitif qui aurait l’agrément de tous.

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a interdit à la Fédération des grands vins de Bordeaux l’utilisation du terme « cru bourgeois » du Médoc en attendant l’établissement d’un nouveau classement. Cette interdiction fait suite à la décision de la cour d’appel de Bordeaux, intervenue en début d’année, qui a annulé la totalité du classement des crus bourgeois du Médoc, classement qui avait été officialisé par un arrêté de juin 2003.

Soixante-seize propriétaires exclus de ce classement avaient porté plainte devant la justice, estimant que la sélection avait manqué à l’obligation d’impartialité du fait que certains propriétaires du Médoc siégaient parmi les jurés. « Nous allons de coup dur en coup dur. Il n’est pas exclu que la mention “cru bourgeois” ne puisse être utilisée pendant plusieurs millésimes », a déclaré Thierry Gardinier, président de l’Alliance des crus bourgeois du Médoc au quotidien Sud-Ouest. Les crus bourgeois, qui représentent près de la moitié de la production du Médoc, ont hérité de leur nom à la fin du Moyen-Age, époque à laquelle les bourgeois de Bordeaux obtinrent le droit de posséder des vignobles. En 1932, les courtiers bordelais établirent un classement qui consacrait 444 châteaux – répartis en crus bourgeois, crus bourgeois supérieurs et crus bourgeois supérieurs exceptionnels –, mais sans homologation ministérielle.

Faute de règlementation rigoureuse, l’utilisation de la mention était parfois usurpée à des fins commerciales, raison pour laquelle un nouveau classement fut initié.

En juin 2003, au terme de 18 mois de travail, seuls 247 des 480 châteaux candidats avaient conservé le droit de mentionner « crus bourgeois » sur leurs étiquettes, neuf d’entre eux étant déclarés « exceptionnels » et 87 « supérieurs ».

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Quid pour les millésimes antérieurs à 2007 ?

Aux déboires judiciaires du classement 2003 des crus bourgeois du Médoc, annulé par la justice, s’ajoute donc désormais l’incertitude née de l’interdiction faite par l’administration à tous les viticulteurs de se prévaloir de cette mention. Car le courrier reçu de la DGCCRF est « incomplet », note Thierry Gardinier, puisqu’il ne précise pas le millésime à partir duquel l’utilisation de la mention sera interdite.

Vigneron à Saint-Estèphe, et à la tête de l’organisme qui fédère les crus bourgeois classés en 2003, M. Gardinier juge que « la logique » et le « bon sens » voudraient que l’interdiction s’applique à compter du millésime 2007. Pour les années précédentes, « des étiquettes sont déjà imprimées » et « les bordereaux sont déjà remplis », la perte de la mention pourrait ainsi provoquer des ruptures de contrat entre la production et le négoce, ajoute-t-il, évoquant « des pressions » exercées par certains négociants.

A la pointe du combat judiciaire contre la révision 2003 du classement des crus bourgeois, Denis Hecquet, président de l’Union des viticulteurs du Médoc qui regroupe quelques dizaines de producteurs, se réjouit lui d’une décision « logique » et d’une situation désormais « plus claire, plus nette ». « Il ne doit pas y avoir de millésime manquant », afin que les crus bourgeois ne soit pas oubliés par les consommateurs, précise-t-il cependant. Il appelle ainsi la profession à trouver « un moyen provisoire d’utiliser la mention » dans l’attente d’un nouveau classement accepté par tous.

S’ils s’accordent à admettre l’urgence de « se mettre autour de la table » pour élaborer un nouveau classement « nécessaire », les viticulteurs médocains reconnaissent cependant que celui-ci ne verra pas le jour avant « plusieurs années ».