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Réduction des phytosanitaires La diffusion des pratiques est « le vrai problème », selon Guy Paillotin

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Le président du groupe Ecophyto 2018, Guy Paillotin, n’a pas la langue dans sa poche. S’exprimant le 2 avril lors d’un colloque sur l’intensification écologique organisé à AgroParisTech, le scientifique a malmené la recherche agronomique et les coopératives.

«Réduire de 50% l’usage des phytosanitaires, est-ce faisable ? Oui, car certains le font sur le terrain. Mais ce qui n’est pas réglé, c’est la diffusion des pratiques. C’est ça le vrai problème ». Pour Guy Paillotin, le président du groupe Ecophyto 2018, il existe un fossé entre le savoir-faire développé par certains agriculteurs et le niveau de la recherche agronomique qui, à ses yeux, ne s’inspire pas assez des expériences couronnées de succès sur le terrain. « La recherche doit asseoir un savoir-faire, sinon, elle fonctionne comme un frein à la diffusion. La recherche se préoccupe-t-elle vraiment de ça ? Non, je ne pense pas que la recherche ait pris ça au sérieux. On demande à la recherche des innovations réelles pour sortir de la dépendance aux phytosanitaires. Or, il n’y en a pas beaucoup », lance Guy Paillotin. « Les agriculteurs qui réussissent à diminuer leurs phytosanitaires sont très autonomes par rapport aux coopératives d’approvisionnement ; il se regroupent à 5-6 exploitations ; ils vont chercher les savoir-faire ; et n’ont aucune envie de transmettre leur savoir-faire gratuitement », note-t-il. La tâche sera donc ardue.

Homologuer les stimulateurs de défense des plantes

Le président du groupe Ecophyto 2018 s’est également permis d’égratigner les coopératives agricoles. « Quand je suis venu parler avec elles de la réduction des phytos, elles m’ont dit “oui, oui”. Mais il y a 10 ans, elles m’avaient déjà dit ça pour l’agriculture raisonnée… » a déclaré un peu amer l’ancien président de l’INRA. « Il faut une mobilisation des coopératives » sur la réduction des pesticides a-t-il insisté, et « il faut qu’elles comprennent qu’elles ont intérêt à vendre du service plutôt que des produits ».

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Enfin, Guy Paillotin s’en est pris aux rigidités administratives qui tuent dans l’oeuf les innovations et l’émergence de méthodes alternatives. « Notre système (d’homologation) est ciblé sur les performances et l’efficacité des produits. Ce qui fait que tous les autres produits, tels les stimulateurs de défense des plantes, sont pénalisés en Fance et en Europe », dénonce le président du groupe Ecophyto 2018. Le dispositif d’homologation est de ce fait jugé totalement inadapté. « Si vous demandez le génome d’une bactérie, tout comme vous demandez la composition d’une molécule chimique… », aucune technique alternative ne verra le jour, selon lui. Et de conclure : « On a un système complètement enfermé sur lui-même ».