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Systèmes de production La diminution des émissions gaz à effet de serre sera complexe

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Pour répondre au défi alimentaire du XXIe siècle, l’agriculture devra augmenter sa productivité tout en limitant ses émissions de gaz à effet de serre. Une équation difficile à résoudre pour l’agriculture européenne dont les émissions sont, déjà, à peine compensées par la séquestration du CO2 des prairies et des forêts. L’Inra tenait une conférence de presse le 3 décembre, quelques jours avant l’ouverture des négociations sur le climat de Copenhague, sur les possibilités d’adaptation à ces enjeux complexes.

Deux études récentes auxquelles a participé l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), présentées le 3 décembre à l’occasion d’une conférence de presse, montrent que sans politique volontariste, l’agriculture française ne pourra pas diminuer fortement ses émissions de gaz à effet de serre (GES). L’étude européenne CarboEurope (1) arrive à la conclusion que les puits de carbone européens (prairies et forêts) sont saturés. Ils captent déjà la totalité des GES émis par l’agriculture et ne sont pas en mesure de compenser une hausse de l’intensité de production. Les travaux de Stéphane de Cara, directeur de recherche à l’Inra de Versailles-Grignon, révèlent quant à eux que le « puit forestier » va diminuer à l’horizon 2020 dans des proportions plus ou moins importantes selon le niveau d’exploitation du bois. Au total, les possibilités de contribution de l’agriculture à l’effort d’atténuation des émissions de CO2 serait limitée. Si à la veille de l’ouverture de la conférence de Copenhague sur le climat, l’agriculture semble exclue du processus de négociation, elle pourrait quand même en subir des conséquences. « Il faudra aller chercher d’autres potentiels de réduction au-delà de cette tendance naturelle en mettant en place des systèmes comme la taxation des émissions, des quotas de CO2 ou la rémunération des services », a souligné Stéphane de Cara.

Se méfier des solutions faciles
Pour l’élevage, souvent montré du doigt, Jean-François Soussana, directeur de recherche à l’Inra sur l’écosystème prairial, propose quelques pistes : « Éviter de retourner les prairies permanentes, faire durer les prairies temporaires un peu plus longtemps, éviter un chargement trop élevé des surfaces et attendre un bilan azoté équilibré. En résumé cela veut dire être ni trop intensif, ni trop extensif ». Il faut se méfier des solutions trop faciles. Pour les chercheurs, il est très important d’intégrer deux volets : émissions agricoles et usage des sols. L’intensification de l’élevage réduit les émissions de méthane mais les prairies retournées ne captent plus de CO2. « Et si on inclut le mode de production de l’alimentation (soja brésilien…), le bilan est beaucoup moins flatteur », selon Jean-François Soussana. « L’interprétation du bilan de santé de la Pac va dans ce sens en aidant l’élevage à l’herbe tout en maintenant un chargement minimal, et en favorisant la production et l’incorporation de protéagineux », souligne Hervé Guyomard, directeur scientifique de l’Inra « Société, économie et décision ».
À ce premier enjeu s’ajoute l’adaptation des systèmes actuels au dérèglement climatique annoncé. « Le problème, c’est de trouver le juste équilibre entre des défis qui sont tous aussi importants : climat, alimentation, énergie… », précise Hervé Guyomard. La recherche travaille à la mise au point de systèmes qui soient aussi productifs (voir plus) qu’aujourd’hui tout en dégageant un revenu équivalent. « Il faut aussi que ces nouveaux systèmes soient plus résilients (c’est-à-dire en mesure d’encaisser des événements violents) dans un contexte de changements climatiques où les aléas et les variations de températures seront exacerbés », explique Jean-François Soussana.

(1) Voir n°3228 du 30/11/2009

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