L'inauguration prochaine de la plateforme de concertation européenne sur les grands prédateurs risque d'être houleuse, la Commission de Bruxelles avertissant que ce ne sera pas l'enceinte appropriée pour envisager une révision de la directive Habitats, contrairement à ce que réclament les organisations agricoles participantes.
Après deux années de préparation, la « Plateforme de l'UE sur la coexistence avec les grands carnivores » sera lancée le 10 juin à Bruxelles sous le patronage du commissaire européen à l'environnement, Janez Potocnik. Son but, précise la Commission : fournir une structure de dialogue « constructif » afin de trouver des solutions pour les conflits entre l'homme et ces prédateurs (ours brun, loup, lynx, glouton), en regroupant les connaissances et les bonnes pratiques et en échangeant les expériences (1).
En revanche, ajoute-t-elle, ce ne sera pas un forum de discussions pour modifier la directive Habitats sur la protection de la faune et la flore sauvages.
La population rurale locale « doit être entendue »Au départ, la participation à la plateforme est limitée à huit organisations faîtières européenne représentant les agriculteurs, les éleveurs (y compris les éleveurs de rennes), les propriétaires terriens, les chasseurs, les scientifiques et les écologistes. Elle pourra être élargie avec l'accord des membres fondateurs.
Parmi ces derniers, le Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l'UE) a réaffirmé mi-mai auprès du commissaire européen à l'environnement que « la directive Habitats ne procure pas la flexibilité » dont a besoin la population rurale locale confrontée aux grands carnivores. Il souligne que « celle-ci doit être entendue et impliquée dans les décisions de gestion », à défaut de quoi « un gros point d'interrogation pèse sur la pertinence de cette plateforme ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Le Copa-Cogeca estime que la révision de la directive Habitats est donc indispensable, s'agissant de ces prédateurs. Il ajoute qu'il rejettera toute discussion et proposition liant la question des prédateurs et la Pac, ce qui serait « au détriment des efforts immenses déjà consentis par la communauté agricole ».
Évaluation en cours de la législation sur la natureDans sa réponse datée du 27 mai et adressée notamment au président du groupe de travail du Copa-Cogeca sur les ovins, Emmanuel Coste, Janez Potocnik insiste sur le fait que « la plateforme n'est pas le lieu approprié pour discuter d'éventuels amendements à la directive Habitats ».
« Mes services ont lancé une évaluation majeure de la législation de l'UE sur la nature, reposant sur des bases factuelles, qui impliquera aussi une large consultation des parties prenantes », précise le commissaire européen à l'environnement. « Parallèlement à l'évaluation en cours exigée par l'article 17 de la directive Habitats, cela fournira une base solide pour déterminer si notre législation sur la nature est adaptée aux objectifs poursuivis, ajoute-t-il. Le Copa-Cogeca et ses membres seront encouragés à apporter leur contribution lors de cette consultation ».
(1) Voir n° 3446 du 05/05/14