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Elevage La distribution mise au banc des accusés au sujet de l'innovation

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L'innovation a été au cœur des débats durant l'assemblée générale du Syndicat national de l'industrie de la nutrition animale (SNIA), le 28 mai à Bruxelles. Source de performance, elle reste difficile en France du fait de la guerre des prix, selon Pierre Weill, président de Bleu-Blanc-Cœur. Visiblement, en Belgique, la situation semble différente.

La distribution « tue l'innovation en France », a estimé Pierre Weill, président de Bleu-Blanc-Cœur, lors de l'assemblée générale du Syndicat national de l'industrie de la nutrition animale (SNIA), le 28 mai à Bruxelles. Il considère que les GMS font systématiquement une marge plus importante sur les produits innovants afin de compenser leur perte de marge sur d'autres produits. Au final, la PME à l'origine de l'innovation ne s'y retrouve pas et n'arrive pas à amortir le coût que représente cette dernière (recherche, développement, marketing). « Pour valoriser une innovation, il faut aller chercher l'export. En France, ce n'est pas possible ! ». Selon Philippe Choquet, directeur général de l'institut LaSalle Beauvais, il existe trois types d'innovation : l'innovation incrémentale pour améliorer un produit, l'innovation radicale qui va bousculer le marché et l'innovation disruptive qui marque une vraie rupture de technologie. « Nous sommes plus axés sur des innovations d'incrémentation que de rupture », analyse Pierre Weill, toujours du fait de la pression sur les prix effectuée par la distribution.

L'innovation a un coût…

Il revient sur l'instauration du label Bleu-Blanc-Cœur pour la viande de porc dans les magasins du groupe Delhaize en Belgique. Une réussite. Afin de redevenir le magasin préféré des Belges, dans un contexte de chute de consommation de la viande et de forte concurrence sur les prix, le groupe Delhaize avait choisi de se différencier en offrant une gamme de produits de qualité accessibles à tous. Il s'était donc orienté vers l'instauration de ce label, nouvellement intitulé « Mieux pour tous », sur une partie de leur offre en viande porcine. « Il a été possible de mettre tous les membres de la filière autour de la table et cela a fonctionné en 6 mois. C'est impossible en France ! », a fait remarquer Pierre Weill. Au kilo de viande, le surcoût lié au label a été évalué à 0,13€/kg, soit environ 0,02€ pour une portion de 150g de viande ! Cela correspondait à un surcoût de 10,89€ par tonne d'aliment, soit 4,19€ par porc élevé, soit encore 6,30€ par porc pour Delhaize. « Si les équations économiques ne sont pas là, l'innovation on n'y arrivera pas ! », continue Pierre Weill. Le groupe Delhaize a bien joué puisqu'il a vu l'évolution de ses ventes de viande « Mieux pour tous » augmenter, passant de 3,61% d'octobre à décembre 2014 à 11,36% de janvier à février 2015. Les ventes de viande sur l'ensemble des rayons boucherie du groupe ont dans le même temps arrêté de reculer.

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… qui ne doit pas devenir un obstacle

Alex Joannis, directeur général des activités charcuteries de Fleury Michon, est revenu d'ailleurs sur le manque d'innovation dans la filière porcine française. « La côte de porc est vendue de la même façon aujourd'hui qu'il y a cinquante ans… En bœuf, il y a eu toute une évolution de la mise en valeur des produits, de la présentation, des gammes », avance-t-il. Il s'interroge sur la responsabilité des membres de la filière porc quant à la crise actuelle… « Le prix ne doit pas être un obstacle à aller chercher de l'innovation. 0,13€/kg de viande, ce n'est rien. Il faut juste savoir l'expliquer au consommateur », continue-t-il. « Nous devons faire de la pédagogie, montrer ce que nous faisons et arrêter de faire croire au monde que l'élevage de cochon, c'est ce que l'on voit au Salon international de l'agriculture. Le consommateur a besoin de retrouver une certaine confiance dans la production. Cela prend du temps et n'évite pas les questions “emmerdantes” ». Remous dans la salle. Pour Philippe Choquet, « c'est aussi le meilleur moyen d'éviter que le grand public ne tombe dans l'idéologie ». Il cite en exemple la Ferme des mille vaches.

Le SNIA voit l'innovation comme une réponse aux contraintes sociétales

L'innovation comme réponse aux contraintes imposées par la société, tel était le sujet de la table ronde de l'assemblée générale du Syndicat national de l'industrie de l'alimentation animale (Snia), le 28 mai à Bruxelles. « C'est souvent dans le cas d'une contrainte que l'on créé de l'innovation », a fait remarquer Philippe Choquet, directeur général de l'institut LaSalle Beauvais. Entre qualité, traçabilité, bien-être animal…, les contraintes ne manquent justement pas dans les filières des productions animales. Pierre Weill, président de Bleu-Blanc-Cœur a regretté le manque « d'innovation colla-borative ». Pour Alex Joannis, directeur général des activités charcuteries de Fleury Michon, l'innovation est en lien direct avec les attentes des consommateurs. Il estime qu'il faut surtout « faire de la pédagogie » auprès de ces derniers. « Un consommateur qui a de plus en plus envie de donner son avis et de participer à la conception des produits alimentaires », décrit-il. De son côté, Alain Guillaume, président du Snia, est revenu sur la trésorerie très dégradée des éleveurs, vive source d'inquiétude, notamment dans la production porcine.