La flambée des prix des produits agricoles n’est-elle pas annonciatrice d’un changement profond de la répartition de la valeur entre les différents maillons de la chaîne alimentaire ?
Sur les 30 dernières années, la baisse des prix des denrées agricoles était une donnée quasi structurelle. L’accroissement de la productivité de l’agriculture, encouragée par la Politique agricole commune, a donné aux entreprises agroalimentaires des opportunités pour bénéficier de produits agricoles de bonne qualité à des prix toujours plus compétitifs.
Durant cette période la proportion du coût des denrées de base dans les dépenses d’alimentation a fortement régressé passant de 50 % en 1980 à 25 % avant la hausse actuelle. Ce ratio était déjà de 19 % aux Etats Unis en 2000.
Ainsi 75 % des dépenses d’alimentation rémunèrent la conception et la transformation des produits, la logistique, la traçabilité, les emballages, le marketing et tous les services associés.
Le développement de toute cette valeur ajoutée a été grandement facilité par la baisse des prix agricoles : - 50 % entre 1970 et 2004 (en monnaie constante), tandis que les prix des produits alimentaires à la consommation progressaient de 12 % sur la même période.
Le temps passé à l’élaboration des repas a considérablement baissé. Comme le soulignait avec humour Pierre Feillet, membre de l’Académie des technologies, auteur de La nourriture des Français, de la maîtrise du feu... aux années 2030, lors du Colloque Que mangerons-nous organisé par le ministère de l’Agriculture au Palais Brongniart le 23 avril : « Que pourrait on faire du temps économisé par l’utilisation de produits prêts à consommer ? » – Réponse : « se mijoter un bon petit plat ! »
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Ne sommes-nous pas entrés dans une nouvelle ère où les prix des matières premières, devenues plus rares et dont les standards de production sont de plus en plus encadrés (réglementations pour préserver l’environnement et la santé), vont se stabiliser voire progresser ?
Le potentiel de croissance est dans les foyers modestes
A l’heure où les consommateurs sont devenus très sensibles à leur pouvoir d’achat, est-il concevable de simplement répercuter la hausse des prix ? Au risque de détourner les consommateurs les plus modestes des produits de grande consommation.
L’étude « 2020 que mangerons-nous ? » réalisée par le groupe prospective des Chambres d’agriculture de Normandie que j’anime a clairement établi que les gains de croissance de consommation alimentaire se situaient surtout dans les catégories de population dont le revenu était le plus modeste. C’est donc vers eux qu’il faut porter l’effort.
Le temps n’est-il pas venu de s’interroger sur le bien fondé de tout ces «services payants obligatoires» contenus dans les dépenses de consommation ? Emballages multiples, support marketing, conditionnements individuels, programmes de fidélité….
Innover toujours mais au service du pouvoir d’achat ! Démarche qui peut aussi utilement répondre à respecter davantage notre environnement.