En Espagne, l’activité d’engraissement bénéficie d’une nouvelle dynamique.
supplice des exportateurs français (AVEC GRAF)
L’exportation de veaux laitiers et broutards vers l’Espagne donnerait aujourd’hui beaucoup de satisfactions aux opérateurs, privés et coopératifs, si elle n’était alourdie par la gestion française de la FCO, que tous, sans exception, jugent calamiteuse. Ils pointent du doigt la différence de réactivité entre les administrations espagnoles et françaises. L’accord sanitaire signé avec l’Espagne pour les échanges d’animaux exige soit la primovaccination complète contre les sérotypes 4 et 8, soit une PCR individuelle négative après désinsectisation. Les veaux de moins de 70 jours issus de mères vaccinées sont acceptés. Henri Gouzenne est négociant dans les Hautes-Pyrénées, spécialisé dans les veaux laitiers. Vice-président export (pour l’Espagne) de la Fédération française des commerçants en bestiaux, il ne décolère pas : « quand le sérotype 4 est arrivé, l’affaire a été réglée en huit jours en Espagne. En France, depuis deux ans et demi, nous n’y sommes toujours pas arrivés. Depuis, nous faisons des PCR sur tous les animaux, qui nous coûtent 20 euros par tête. C’est difficile à supporter pour les entreprises. Et, puis, nous y passons des heures et des heures. Le lundi et le mardi, nous y sommes de 10 heures du soir jusqu’à 2 heures du matin pour faire les prises de sang. »
« Rendre la vaccination obligatoire »
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« La différence de prix du transport des animaux vers l’Espagne, par rapport à l’Italie, est absorbée par le coût de la PCR, se désole pour sa part, Yvan Armaing, de Deltagro Export. L’attente des résultats de la PCR et des certificats sanitaires retarde le départ des veaux d’une journée au moins. Il faut les alimenter. Les risques sanitaires sont plus importants. Et, il faut plus de main-d’œuvre. Tout cela a un coût. La FCO désorganise toute la chaîne. » La solution serait pourtant simple, estime Henri Gouzenne : « le mieux aurait été de rendre la vaccination obligatoire. Cela nous aurait permis de conserver des marchés comme la Lybie. Nous continuons à demander cette mesure, mais personne ne veut prendre la décision. » Avec les autres opérateurs, il demande la création d’une section spécialisée « exportation des animaux vivants » du CNOPSAV (Conseil d’orientation de la politique sanitaire), au sein de laquelle ne siégeraient que les organisations concernées, pour faciliter la prise des décisions. L’actuelle section santé animale compte 27 membres. Le négociant du Sud-Ouest regrette aussi que les éleveurs ne pratiquent pas davantage la vaccination volontaire.
La France, premier fournisseur de veaux et de broutards (AVEC GRAF)
Le puissant rebond de l’engraissement espagnol a logiquement relancé les importations de maigre, le cheptel allaitant et laitier national ne pouvant satisfaire tous les besoins. Sur la période 2012-2017, elles ont bondi de 367 000 à 650 000 têtes, dont deux tiers de petits veaux. Le nombre de veaux importés a été multiplié par 1,8 et celui des broutards par 2,4. La France est aux premières loges pour satisfaire cette demande. Pour les veaux laitiers, l’Espagne est le débouché extérieur quasi unique (94 %) de nos excédents. Et, en matière de broutards (160-300 kg), elle n’importe quasiment plus que des animaux français (85 %) ; le Portugal en fournit 10 % et l’Irlande presque plus (0,9 %). L’Espagne est donc redevenue un marché clé pour les naisseurs français, aussi bien laitiers qu’allaitants. Cet intérêt ne semble pas se démentir sur les premiers mois de 2018. « Aussi bien en veaux qu’en broutards, la demande est plus forte encore en ce début d’année », indique Benoît Albinet. Les cotations fournies par le ministère espagnol de l’Agriculture montrent d’ailleurs des prix en nette hausse en ce début d’année avec mi-juin autour de 0,3 €/kg supplémentaire selon les catégories comparativement à l’an passé.