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La fertilisation phosphatée : l’irremplaçable en sursis doit se réinventer

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Le phosphore est un nutriment indispensable à la croissance des cultures. Mais les mines de roches phosphatées dont il est extrait sont des ressources finies. Tel est le casse-tête analysé par le Centre d’études et prospectives dans un rapport publié le 6 décembre qui propose de mobiliser davantage les solutions existantes pour optimiser la fertilisation phosphatée.

« La dépendance de l’agriculture aux engrais de synthèse en phosphore et le caractère non substituable de ce nutriment appellent à une gestion durable », rappellent les experts du Centre d’études et prospectives dans un rapport sur la gestion durable du phosphore publié le 6 décembre. L’équation se complique encore. À l’échelle mondiale, « le phosphore est principalement apporté sous forme d’engrais minéral ». Or, cet intrant est produit grâce à l’exploitation de mines de roches phosphatées dont les ressources ne sont pas illimitées. L’Unifa (industriels de la fertilisation) cite les données de l’Institut américain des études géologiques (USGS) qui table sur des réserves de 200 ans. « Mais on découvre encore des nouveaux gisements », nuance l’Unifa.

Pour l’heure, rappellent les auteurs de l’analyse, « trois pays seulement assurent plus de 70 % de la production mondiale : la Chine, le Maroc et les États-Unis ». En 2014, l’USGS estime l’extraction mondiale de roches phosphatées à 218 millions de tonnes. Cette concentration de la production inquiète les experts. Il n’est pas exclu que le Maroc soit en situation de « monopole à l’avenir ». Par ailleurs, des restrictions d’exportation par les pays producteurs sont déjà reconnues incompatibles avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce. Ce fut le cas en 2008 par la Chine, lit-on dans le rapport. La stabilité des exportations est aussi dépendante de la situation locale des pays producteurs. Or les tensions politiques sont fortes entre le Sahara occidental et le Maroc. Plus récemment, « le Printemps arabe a causé des interruptions d’exportations vers l’Europe, suite à une chute de l’extraction. »

Demande en hausse

Malgré l’épuisement annoncé des roches phosphatées, la fertilisation azotée est amenée à progresser. « La demande en engrais phosphatés va vraisemblablement continuer à croître, en réponse à l’augmentation mondiale de la demande alimentaire », selon le rapport du Centre d’études. Elle sera très hétérogène selon les continents. Ainsi, dans les pays développés, depuis les années 1990, les sols ont déjà une forte disponibilité en phosphore, écrivent les experts. « La consommation de phosphore diminue en conséquence », poursuivent-ils. En revanche, les pays émergents et les pays en développement sont « les principaux contributeurs à la demande mondiale ». La Chine reste le premier consommateur. En 2013, elle représente 28 % de la demande mondiale. Le continent africain est celui qui devrait le plus augmenter sa consommation dans les années à venir. Le rapport précise qu’aujourd’hui, il ne représente que 3,3 % de la demande mondiale.

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Innover pour durer

Face à cette augmentation de la demande, le Centre d’études relève que « de nombreuses pistes d’actions, de la mine à la fourchette, sont identifiées, mais restent peu mobilisées ». Laurence Planquette, directrice communication et développement durable à l’Unifa, rappelle tout de même que la fertilisation raisonnée est à l’œuvre depuis de nombreuses années en France : « Nous faisons la promotion de la fertilisation organique et ensuite on complémente ». En outre, les chercheurs travaillent sur le potentiel génétique des plantes. « Les recherches en génétique sur le riz ont par exemple permis d’identifier des gènes jouant un rôle dans l’amélioration du développement racinaire et du prélèvement du phosphore dans les sols pauvres », illustrent les auteurs du rapport. Des solutions à l’échelle de la parcelle existent aussi. Par exemple, l’association des cultures céréales/légumineuses facilite le prélèvement de phosphore en début de cycle. Enfin, il existe des solutions à l’échelle des systèmes agroalimentaires. « Une piste majeure est le recyclage des résidus organiques, principalement des effluents d’élevage ». En France, des scientifiques de l’Inra ont montré que « les quantités de phosphore présentes dans les matières fertilisantes d’origine résiduaire (déchets verts, boues de stations dépuration, déchets agroindustriels), pourraient couvrir l’ensemble des prélèvements annuels de phosphore par la production agricole ».

70 % de la production mondiale sont assurés par trois pays : la Chine, le Maroc et les États-Unis.