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UE/Appellations La feta est de plus en plus grecque

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Les chances d’obtenir une annulation de l’appellation d’origine protégée feta sont de plus en plus ténues. Les conclusions d’un avocat général de la Cour de justice du Luxembourg confortent cette AOP tant décriée par les industriels Allemands, Danois, mais aussi Français qui considèrent le terme Feta comme faisant partie du langage courant.

L’avenir de la feta non grecque est de plus en plus désespéré. L’avocat général de la Cour de justice européenne a rendu des conclusions, le 10 mai, qui confortent l’enregistrement du nom « feta » en tant qu’appellation d’origine protégée (AOP). Damaso Ruiz-Jarabo demande au juge luxembourgeois de rejeter le recours déposé par l’Allemagne et le Danemark qui tentent de faire annuler un règlement de la Commission européenne de 2002 qui inscrit ce fromage dans la liste des AOP. Les deux pays, ainsi que les fabricants français, estiment que ce terme de feta fait partie du langage commun. Au même titre que le camembert ou le brie et bien d’autres fromages, il est à leurs yeux devenu un terme générique. Ils auraient préféré une AOP du type Feta de Grèce.

« Le terme Feta ne s’est pas généralisé »

Impossible, rétorque l’avocat général, « le terme feta ne s’est pas généralisé dans la Communauté car il est indissociablement associé à un aliment concret : le fromage fabriqué dans une large zone de Grèce, à partir de lait de brebis ou d’un mélange de lait de brebis et de chèvre, par le procédé naturel et artisanal d’égouttage sans pressage ».

Pourtant, plus de feta est produite hors de Grèce qu’en terre hellénique, plaident les fabricants danois notamment. Impossible de l’appeler feta, renchérit M. Ruiz-Jarabo : « La qualité et les caractéristiques du fromage feta découlent de l’environnement grec où il est fabriqué, car l’existence d’un lien fondamental entre, d’une part, sa couleur, son odeur, sa texture, sa saveur, sa composition et ses propriétés intrinsèques et, d’autre part, le milieu naturel d’où il est originaire, la culture qui le consolide et le procédé traditionnel d’élaboration appliqué en Grèce a été constaté», écrit-il dans ses conclusions.

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115 000 tonnes produites en Grèce

De plus, les chiffres défendus par les fabricants non grecs sont contredits par l’avocat général. Se basant sur une étude de 1999, il indique dans ses conclusions que la Grèce arrive largement en tête dans la production de ce fromage avec 115000 tonnes par an, presque entièrement destinées au marché national. Viennent ensuite le Danemark et l’Allemagne avec une production oscillant entre 20 et 30 000 tonnes par an avec des pics à 39 000 tonnes, pour l’Allemagne. Quant à la France, elle a débuté la production de feta dans les années 30 pour répondre à la demande d’émigrés grecs. Et elle fabrique au maximum 20 000 tonnes par an, destinées pour les trois-quarts à l’exportation, souligne M. Ruiz-Jarabo. Et l’avocat général d’insister sur les différences importantes dans les procédés de fabrication utilisés hors de Grèce.

Mais l’élément le plus significatif pour le juriste est sûrement ce chiffre : avant son adhésion, en 1981, 92% de la feta étaient consommés en Grèce. Pourtant, depuis ce chiffre est descendu à 73% du fait de l’attrait des consommateurs européens pour ce produit. Et là, les fabricants non grecs, comme Lactalis n’y sont pas pour rien. Même les Grecs reconnaissent le rôle important de leurs concurrents pour faire connaître le produit et développer le marché…