Les engagements pris le 21 novembre lors d’une table ronde avec le Premier ministre sur les biocarburants vont-ils pouvoir être confirmés ? Alors que devait démarrer l’expérience d’incorporation directe d’éthanol sous l’égide de la Siplec (groupe Leclerc), près de Rouen, la filière agricole s’interroge sur les engagements des compagnies pétrolières et l’évolution de la réglementation. Et elle considère qu’un premier bilan d’étape avec les pouvoirs publics devrait être réalisé.
Les pouvoirs publics français et européens, de même que les compagnies pétrolières ont-ils toujours « l’enthousiasme » du 21 novembre pour développer l’incorporation de bioéthanol dans les essences ? Six mois après la table ronde qui avait abouti à un dispositif ambitieux annoncé par le premier ministre, la profession agricole s’interroge. L’expérimentation de la région de Rouen, visant à incorporer 5 % de bioéthanol en direct dans les essences (300 000 tonnes) doit, certes, démarrer en ce début mai. Mais avec une surprise : la base d’essence utilisée pour cette opération – à basse volatilité – n’est pas produite par un pétrolier français mais importée. Et pourtant, les pétroliers, réunis au sein de l’UFIP (Union française des industries pétrolières) s’étaient engagés à proposer de telles bases. « C’est ce qu’on a fait», répond Jacques Blondy, responsable du dossier agricole au sein de la division marketing et raffinage de Total. « On a proposé des bases à faible volatilité mais… on n’a pas d’acheteur ! Quand on l’a fait, les responsables du projet Siplec nous ont affirmé qu’ils s’étaient déjà approvisionnés. » Et Jacques Blondy de certifier que cette base est au catalogue, même s’il reconnaît que le pétrolier « n’est pas chaud pour vendre ce produit qui présente de gros inconvénients. » Et qui, selon d’autres sources non confirmées par le pétrolier, n’aurait sans doute pas été proposé à des prix aussi intéressant que l’importation. De fait, le développement de ces essences éthanolables produits en France ne semble pas encore considérable en dépit de la hausse du prix du pétrole.
Faire évoluer la réglementation
Autre obstacle, la réglementation. Les règles européennes n’ont pas encore évolué et bloquent encore à 3 % le taux d’incorporation en terme de pouvoir énergétique. Or, cette réglementation doit changer pour que le taux de 5,75 % soit atteint dès 2008 comme le plan français le prévoit. Autre avancée attendue : la normalisation réglementaire du carburant E85 (mélange de 15 % d’essence et 85 % d’éthanol). Ce mélange donne tout son intérêt aux automobiles Flex-Fuel (capables de rouler avec ce carburant) qui commencent à être commercialisées par Ford, Saab, et demain peut-être d’autres constructeurs. De plus, note Alain Jeanroy, coordonnateur du dossier bioéthanol pour la profession agricole, « il serait nécessaire que l’E85 bénéficie d’une exonération fiscale totale. Cela pourrait être prévu dans le cadre de la loi de finances 2007. »
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En tout cas, interroge-t-il, « ne serait-ce pas le moment de faire un bilan d’étape entre la profession et les ministères concernés sur les mesures décidées en novembre 2005 pour développer les biocarburants ? » Le ministère de l’Agriculture, très concerné par les suites à donner aux annonces de Dominique de Villepin, pourrait être moteur pour réaliser ce bilan. La hausse des prix pétroliers le justifie chaque jour un peu plus.