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Commerce international La filière agroalimentaire préoccupée par les négociations avec le Mercosur

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Les industriels de l’agroalimentaire prennent le relais des organisations agricoles pour dire leurs inquiétudes quant aux déséquilibres, à leurs yeux, des négociations en cours entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, tout au moins en ce qui concerne le chapitre agriculture et produits alimentaires.

Les produits alimentaires sont le parent pauvre de la négociation. C’est un produit d’échange », déplore une lobbyiste de l’agroalimentaire basée à Bruxelles. « Il faut bien qu’ils gagnent de l’argent pour pouvoir acheter nos avions », poursuit-elle… Car, c’est aux yeux de la profession, la logique adoptée par Pascal Lamy, le commissaire européen au Commerce, dans les négociations avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) et le Chili, entamées il y a presque quatre ans.

Coup d’accélérateur

Les discussions ont connu un coup d’accélérateur, suite à la préparation par Bruxelles d’une offre dans le domaine agricole. L’Union européenne serait prête à offrir un accès supplémentaire au marché communautaire pour quelque 300 produits alimentaires, dont les biscuits et le cacao, et à promouvoir un accès amélioré pour une série de matières premières agricoles au premier rang desquelles la volaille, le maïs et 100 000 tonnes de viande bovine. Les pourparlers devraient se poursuivre les 28 et 29 mai, lors de négociations ministérielles en marge du Sommet UE-Amérique latine. Les Européens attendent des Sud-Américains qu’ils mettent sur la table une offre dans les secteurs des produits manufacturés.

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Aucune contrepartie

L’Ania (Association nationale des industries alimentaires) craint qu’un accord aboutisse à « déstabiliser gravement certaines filières agroalimentaires » et dénonce « l’absence de transparence » sur le détail des offres en préparation. Les industriels français dénoncent le manque de cohérence entre les offres faites dans le cadre du cycle de Doha, à l’OMC, d’une part, et avec les pays du Mercosur, d’autre part. L’Ania déplore que la proposition de supprimer totalement les restitutions ne soit accompagnée « d’aucune garantie quant aux contreparties que l’Union européenne pourra obtenir ».

« Risque considérable »

La fronde contre les positions de négociations adoptées par la Commission européenne a été engagée à Bruxelles par les organisations agricoles. Celles-ci dénoncent le « risque considérable » des discussions actuelles. Elles estiment qu’avant toute chose, il faut laisser le temps à l’agriculture européenne de retrouver ses marques après la réforme de la Politique agricole commune et l’Elargissement. La filière alimentaire est d’autant plus inquiète que les pays du Mercosur sont de grandes puissances agricoles, malgré les difficultés économiques de la zone. Le Brésil est, par exemple, le premier producteur mondial de sucre avec 30 % du marché. Pour le sucre, les coûts de production sont inférieurs aux cours mondiaux, met en garde le Copa (Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne). Et le Brésil n’est pas la seule force de la zone : l’Argentine et l’Uruguay représentent notamment 10 % des échanges mondiaux de poudre de lait, et cela, à des prix très compétitifs. Le prix moyen des poudres grasses y est de 1,4 euro par kilo contre 2 euros en Europe.