Abonné

Changement indirect d’affectation des sols La filière biocarburants toujours inquiète des intentions de Bruxelles

- - 3 min

Les producteurs de biocarburants – principalement de biodiesel – continuent à s’inquiéter de la prise en compte du changement indirect d’affectation des sols dans les critères de durabilité des biocarburants. Les études retenues par Bruxelles sur-évaluent les émissions de gaz à effet de serre générées par ce changement, ce qui risque « d’anéantir les filières européennes », estiment le Copa-Cogeca (producteurs et coopératives agricoles européennes) et la Fédiol (industriels européens des oléoprotéagineux).

L’évaluation du changement indirect d’affectation des sols (ILUC) lié à la production de biocarburants continue d’inquiéter les organisations professionnelles européennes. Sa prise en compte – telle qu’elle est envisagée par les services de la Commission européenne – dans le bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) du biodiesel principalement, mettra à mal les filières européennes, s’inquiètent le Copa-Cogeca dans un lettre adressée au commissaire européen à l’énergie, Günther Oettinger, et la Fédération européenne des industriels des oléoprotéagineux (Fediol) dans un communiqué du 31 janvier.
La Fédiol assure pourtant que le « changement indirect d’affectation des sols (ILUC) est un phénomène qui ne peut pas être quantifié avec les connaissances scientifiques actuellement disponibles ». Le modèle IFPRI sur lequel se base la Centre commun de recherche de l’Union européenne (CCR) « ne peut pas établir la distinction entre les changements d’affectation des sols directs et indirects », confirme le Copa-Cogeca dans sa lettre au commissaire Oettinger. De plus, avance la Fediol, « dans son rapport sur la durabilité et l’agriculture, la Banque mondiale estime qu’il existe 446 millions d’hectares de terres non cultivées, non-boisées, non-protégées et peuplées de moins de 25 habitants/km2, dont 262 millions d’hectares se trouvent à moins de 6 heures de transport des marchés ». « Cette information n’a pas été prise en compte par les études sur le changement d’affectation des sols », soulignent les producteurs européens d’huiles.

Exigences de durabilité supplémentaires

Le Copa-Cogeca prévient que « la prise en compte des valeurs proposées par le CCR dans une proposition législative de l’UE anéantirait les investissements et les emplois créés dans les zones rurales de l’UE dans le cadre du développement des filières biocarburants depuis une vingtaine d’années ». Pour le Copa-Cogeca, le raisonnement sur le changement indirect d’affectation des sols risque d’éliminer la production de biocarburants dans l’UE et d’accroître la demande des biocarburants importés pour remplir les objectifs des directives concernant les énergies renouvelables et la qualité de l’air. Et la Fédiol d’ajouter que la disparition de la filière biodiesel entraînerait une perte de 70% (15,8 Mt) des graines de colza et 25% (3,2 Mt) du soja, ce qui priverait le secteur de l’élevage de 12 Mt d’aliments riches en protéines rendus disponibles par la trituration des oléoprotéagineux.
Les deux organisations professionnelles recommandent donc à la Commission européenne de considérer le changement d’affectation des sols de manière globale en tenant compte de tous les aspects de la question (alimentation animale, outils industriels…). Elles appellent à un dialogue avec les pays en développement pour promouvoir une protection adéquate des sols et, pourquoi pas, comme l’a proposé Bruxelles dans un rapport de décembre 2010, mettre en place des exigences de durabilité supplémentaires pour certaines catégories de biocarburants.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

gaz à effet de serre
Suivi
Suivre
Copa-Cogeca
Suivi
Suivre