Abonné

Orges de brasseries La filière brassicole s'inquiète d'une baisse du taux de protéines

- - 4 min

La teneur en protéines des orges baisse de manière tendancielle, a mis en lumière le 16e colloque Orges brassicoles organisé le 15 avril par Arvalis. Un souci pour les transformateurs. Des réponses sont possibles côté amont. Mais les agriculteurs demandent moins de contraintes réglementaires.

«APRÈS avoir craint une teneur en protéines trop élevée dans les orges, on arrive à des niveaux parfois insuffisants », a noté le président de la commission Orges de l'AGPB (Association générale des producteurs de blé) Rémi Haquin, le 15 avril au 16e colloque d'Arvalis consacré à cette production. « C'est un enjeu crucial pour la filière : un taux faible ou excessif pose problème. La solution globale voulue par la réglementation n'est pas une réponse satisfaisante. Il faut aller vers un pilotage des cultures basé sur la bonne dose au bon moment. Des outils sont pour cela nécessaires. »

Arvalis a souligné une baisse tendancielle de la teneur en protéines, plus marquée en orge de printemps. Selon l'ingénieur Alain Bouthier, l'explication ne vient pas du climat. Elle n'est pas non plus à chercher dans l'évolution variétale. L'évolution des pratiques culturales et des contextes de production est en cause. Or, pour les brasseurs, la qualité idéale reste la même : 9,5 à 11 % de protéines en orge d'hiver, 10 à 11,5 % en orge de printemps. « Un taux insuffisant peut barrer l'accès à certains marchés », a souligné Marc Schmitt, de l'IFBM (Institut français de la brasserie et de la malterie).

Une « machine infernale » à faire baisser le rendement

Les producteurs en arrivent à cette question, relayée par Dominique Romelot (Axéréal) : « N'est-on pas allé trop loin dans la maîtrise des protéines en appliquant des doses d'azote trop faibles ? » Une contrainte vient de la réglementation liée à la directive Nitrates. L'apport d'engrais est alors calculé selon la méthode du bilan. « La moyenne historique de rendement détermine la dose, a déploré Rémi Haquin. Pas de souci quand l'azote n'est pas un facteur limitant. S'il l'est, en cas d'année favorable, le rendement se trouve pénalisé. C'est une machine infernale. La moyenne de l'exploitation ne peut que baisser. » « La bonne réponse à la problématique du taux de protéines tient à des pratiques agricoles prenant en compte l'agronomie, le climat, a-t-il ajouté. Ce n'est pas avec des dispositions réglementaires volontairement restrictives. »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Les outils de pilotage remis en avant

Des marges de progrès existent dans la fertilisation azotée, en termes de gestion de dose, d'efficacité des apports, a souligné Alain Bouthier. Pour lui, il faut remettre à l'ordre du jour les outils de pilotage comme Jubil, N Tester. « Il serait judicieux de remettre un peu de souplesse dans la détermination de la dose d'azote », a renchérit le technicien d'Axéréal Dominique Romelot, en regrettant le passage d'une dose conseillée, jusqu'au début des années 2000, à une « dose obligatoire » résultant d'un paramétrage normalisé.

La production européenne d'orge de brasserie attendue en baisse

LE recul des surfaces devrait amoindrir la prochaine récolte européenne d'orge de brasserie et entraîner un meilleur équilibre de marché, selon les tendances présentées au colloque. « Les surfaces brassicoles dans l'UE à 28 sont en baisse de 330 000 ha : +140 000 ha en orge d'hiver (à 4,93 M ha), - 470 000 ha en orge de printemps (à 7,04 M ha), a détaillé le responsable des achats de Malteurop, Alain Caekaert. La production européenne est attendue à 11,5 Mt (contre 12,8 Mt l'an dernier. » Le spécialiste s'attend au « retour à un équilibre entre offre et demande, avec à la clé des primes brassicoles en hausse ». En termes de conditions de culture, l'hiver doux et humide apparaît favorable aux orges d'hiver et les semis de printemps ont été réalisés dans de bonnes conditions. Mais un déficit de pluviométrie voit le jour depuis les derniers emblavements, surtout du bassin parisien à l'Allemagne, jusqu'au sud de la Pologne. En France, la précocité record est jugée favorable au poids de mille grains et au calibrage. « Concernant les protéines, ce sera tout ou rien », a alerté Luc Pelce (Arvalis), qui penche plutôt pour le scénario de « taux assez bas ».