Le Conseil national du cuir a présenté son livre blanc le 24 janvier. Parmi les dix mesures présentées, un accompagnement des éleveurs pour une amélioration de la qualité des peaux est prévu. En effet, la filière cuir dénonce un manque d’attention de la part des éleveurs et tout au long de la filière jusqu’à l’abattage.
« Le B-A-BA d’un éleveur, c’est de faire attention à sa bête », souligne Denis Geissmann, président du syndicat général des cuirs et peaux, le 24 janvier lors d’une conférence de presse du Conseil national du cuir. Il évoque « les boulons, les aspérités dans les bâtiments » et la configuration des stabulations dans les abattoirs. « Le problème c’est aussi le transport, car il y a beaucoup d’intervenants », souligne-t-il. Il cite les mauvaises manipulations lors de l’abattage et de la découpe. Dans le Guide des bonnes pratiques durant le parcours de l’animal, édité par le syndicat, les défauts trouvés sur les peaux de bovins sont les aiguillons de fourche, les parasitoses, abcès, mycoses ainsi que les fèces et urines. « En Suisse, aucune bête n’est abattue si elle est sale ! », souligne-t-il. Et de préciser que, de fait, « on ne vend pas le cuir suisse au prix du cuir français ! ». Dans le livre blanc de la filière cuir, rendu public le 24 janvier, le Conseil national du cuir souhaite donc sensibiliser les éleveurs à cette problématique. Pour cela, il veut les « accompagner lors de leurs travaux de modernisation des bâtiments ou lors de leurs installations » et continuer à « contribuer à l’achat de vaccins contre la teigne » (champignon parasite de la peau).
La France, grand pays exportateur de peaux
L’enjeu est majeur car la France est le troisième exportateur mondial de cuirs et peaux bruts et l’un des leaders mondiaux de cuirs finis de veau. Franck Boehly, président du Conseil national du cuir, explique que « la filière cuir a vu son chiffre d’affaires progresser de 38 % ces cinq dernières années », notamment grâce à l’export (9,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisés à l’export pour un total de 25 milliards en 2016). Les peaux de qualité supérieure sont particulièrement recherchées avec un coefficient de valorisation allant de 1 à 5 en fonction de la qualité, seulement ces peaux sont devenues rares. « En 25 ans, le nombre de peaux de veaux français disponible a été divisé par deux, alors que la demande ne cesse d’augmenter. De plus, moins de 20 % des peaux françaises sont transformées en cuirs répondant aux critères de qualité de l’industrie du luxe, industrie phare dans la filière cuir française », fait observer Franck Boehly. D’où la volonté de cette dernière de mieux accompagner les éleveurs, en intervenants auprès des lycées agricoles par exemple. Plus de 300 élevages bovins ont été aussi visités pour sensibiliser les éleveurs à la question en 2015. Denis Geissmann dénonce également les dégâts des clôtures en barbelés sur les animaux. « Elles n’empêchent pas un bovin de passer. Par contre, elles abîment la peau », affirme-t-il avant de s’exclamer : « A quand la clôture électrique ? ! ».
Lutter contre les parasitoses comme la teigne
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Concernant la teigne, Jérôme Verdier, président de la Fédération française de la tannerie et de la mégisserie, annonce que 50 % des veaux destinés à l’abattage ont été vaccinés, soit un investissement de 19 millions d’euros effectué par la filière. Seulement, si l’expérimentation donne des résultats, « tant que 100 % des élevages ne pratiqueront pas la vaccination, ce sera une vision de court terme », précise Jérôme Verdier. Le Conseil national du cuir espère donc une aide de l’État sur le sujet, spécifiquement sur les veaux. La France a effectivement perdu ses tanneries pour les gros bovins. À la question d’un éventuel retour financier à l’éleveur quant à une amélioration de la qualité, Denis Geissmann répond : « Si le cinquième quartier (cuir) est mieux valorisé alors ils vendront moins cher leur viande et en vendront plus ». Pour lui, si la consommation de viande de veau diminue, c’est bien parce qu’elle est trop chère. Dans le cas de certains éleveurs, de par l’intégration de la filière, le retour devrait se faire automatiquement, selon lui.
Élection présidentielle, les dix propositions du livre blanc de la filière cuir
Le livre blanc de la filière cuir, présenté le 24 janvier par le Conseil national du cuir, a pour but d’« interpeller les candidats à la présidentielle ». Il présente dix propositions, parmi lesquelles la réorganisation de la formation initiale et professionnelle ou encore la protection de l’utilisation du mot « cuir » face à l’arrivé de « cuir végan ». Le Conseil national du cuir évoque également un renforcement de la lutte contre la contrefaçon, en provenance de Chine essentiellement. Et surtout, il demande à déplafonner le montant de la taxe prélevée chez les entreprises de la filière pour financer les programmes de recherches, soutenir l’installation des jeunes ou encore développer la vaccination contre la teigne, etc. Avec ce plafond, une partie de la taxe « repart dans les caisses de l’État, sous une forme d’impôt déguisé », explique Franck Boehly, président du Conseil national du cuir.