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La filière du bioéthanol grisée par le succès du E85

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Une « accélération du bioéthanol » a été mise en avant le 2 octobre aux 7e Rencontres des acteurs de la filière, notamment pour l’E85.

Les parts de marché du bioéthanol dans l’essence ne cessent de croître. En août, l’E10 atteint 47,1 % (contre 42,9 % en 2018), selon les chiffres du SNPAA (industriels). L’E85 représente, lui, 2,9 %, avec +88 % de consommation sur les douze derniers mois. Depuis le 1er janvier, plus d’une nouvelle station offrant du superéthanol s’ajoute chaque jour au parc actuel, qui en compte 1 467. L’atout majeur du E85 est son prix de 0,68 €/l. « Notre filière peut faire plus », a souligné Jérôme Bignon, président du SNPAA. Premier argument, « l’éthanol permet de réduire de plus de 60 % des émissions de gaz à effet de serre et c’est bon pour le climat et l’environnement ». Ce biocarburant est en outre « issu à 90 % de matières premières agricoles françaises (betteraves, blé, maïs) et c’est bon pour l’agriculture ». Le syndicat estime qu’en utilisant l’éthanol provenant de résidus de la production de sucre et d’amidon, celui-ci « peut être comptabilisé au-delà du plafond de 7 % qui s’applique aux biocarburants de première génération. Il est immédiatement disponible et c’est bon pour nos industries ». Jérôme Bignon réclame un plafond d’incorporation de 10 % en 2023, lors de la révision de la directive sur les énergies renouvelables.

Des agriculteurs prêts à répondre à la demande

Un même enthousiasme anime les betteraviers. « Le monde agricole est prêt à répondre à toutes les attentes », a déclaré Franck Sander, président de la CGB : environnementales – les biocarburants apparaissent moins polluants – et sociétales, vu leurs faibles prix à la pompe. Et de réfuter la polémique sur une compétition entre les surfaces agricoles pour l’alimentaire et le non-alimentaire. La fabrication d’éthanol génère des sous-produits, les pulpes et drèches, servant à nourrir le bétail, ce qui « donne de la compétitivité à l’élevage », a-t-il affirmé. Dans le scénario d’une hausse des prix agricoles liée au manque d’offre, Franck Sander envisage par ailleurs une baisse du taux d’incorporation dans les carburants jusqu’à ce que le marché se rééquilibre.

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« Le bioéthanol a fait ses preuves », a considéré le député Grégory Besson-Moreau (LREM, Aube), insistant sur « la nécessité pour les utilisateurs d’avoir un carburant moins cher, la nécessité écologique ». « On doit pousser cette technologie », a-t-il appuyé. Si Grégory Besson-Moreau défend une fiscalité avantageuse pour les biocarburants – le député soutiendra un amendement dans le PLF 2020 pour un abattement de 40 % sur le CO2 des véhicules flexfuel dans le calcul de la TVS (taxe sur les véhicules de société) – il souhaite aussi « responsabiliser les acteurs ». Un message destiné moins aux agriculteurs, déjà « capables d’investir dans de nouveaux outils », mais plus aux industriels, qui « doivent développer des moteurs flexfuel, hybrides électriques et bioéthanol ».

Occasion de saluer la réussite de Ford avec son modèle Kuga qui fonctionne à l’E85. Le patron de la marque Louis-Carl Vignon a parlé d’un véritable « engouement » des consommateurs pour le superéthanol. L’an dernier, les ventes de Kuga se répartissaient à 10 % en moteur essence, 90 % en diesel. Le lancement en juillet du modèle Flexifuel a fait basculer tous les acheteurs vers l’E85, qui atteint 66 % des commandes. « Il y aura de nouveaux modèles (au superéthanol) dans la gamme Ford », a promis le patron de la marque en France.

Le SNPAA réclame un plafond d’incorporation de 10 % en 2023