Alors que l’épizootie d’influenza aviaire H5N8 parmi les canards gras du Sud-Ouest n’est pas stabilisée, l’interprofession alerte sur des conséquences économiques et sociales plus lourdes qu’en 2016.
Les responsables du Cifog, l’interprofession des palmipèdes à foie gras, se sont montrés particulièrement préoccupés le 9 mars lors d’une conférence de presse au sujet de l’avenir de la filière dont les canards sont touchés par l’épizootie d’influenza aviaire H5N8. « La situation est particulièrement éprouvante, nous souffrons durement de cette situation », a témoigné Christophe Barrailh, président du Cifog et éleveur de canards dont la production est à l’arrêt depuis décembre. Au total, c’est 55 % du potentiel de production français de foie gras qui sont concernés par le virus. Le Cifog espère pouvoir redémarrer la production à la mi-mai, mais seulement si la situation sanitaire est stabilisée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Et compte sur son plan de mesures destinées à éradiquer le virus, présenté en février (Agra Alimentation du 23 février 2017).
250 millions d’euros de pertes en 2017
D’ores et déjà, le Cifog a évalué l’impact, qui sera plus lourd qu’en 2016 pour les volumes. « À ce jour, il manque 9,7 millions de canards », annonce Marie-Pierre Pée, déléguée générale du Cifog. Alors qu’en 2016, il avait manqué 9 millions de canards par rapport à l’année précédente. En année normale, comme en 2015, la France produit 39 millions de canards. D’un point de vue financier, le Cifog chiffre les pertes à 250 millions d’euros : 45 millions pour l’accouvage, 26 millions pour le dépeuplement, 40 millions pour les pertes de production à l’amont et 136 millions pour l’aval. « Cette année, le problème est particulièrement aigu pour les salariés. Nous avons engagé un plan d’activité partielle qui touche pour l’instant 6 000 salariés de l’aval sur un total de 22 000 collaborateurs », explique Michel Fruchet, vice-président du Cifog. « C’est difficile psychologiquement pour les salariés qui, contrairement à 2016, n’ont pas de date de reprise de l’activité dans les usines », poursuit-il. Et l’aval n’a toujours pas perçu les aides au titre du manque à gagner de 2016 (60 millions d’euros).
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Des volumes en fort retrait
Ces estimations sont appelées à évoluer au fil des jours, et n’incluent pas les surcoûts que vont représenter les nouvelles règles de production. Rien que pour les bâtiments que la profession prévoit afin d’abriter les canards en cas d’alerte au virus hautement pathogène, cela représenterait un coût de 100 000 euros par exploitation pour 400 m2 de bâti. Mille bâtiments seraient à construire, selon le Cifog. Des tensions sur le prix de la matière première sont également à prévoir, mais le syndicat n’est pas en mesure de chiffrer leur ampleur. Mais tout porte à penser que la baisse des volumes produits dans le Sud-Ouest, amplifiée cette année par l’arrêt des bassins de production hongrois et bulgares et l’absence de stocks, auront des conséquences plus lourdes sur les prix qu’en 2016.