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Meunerie La filière farine française demande des régulations

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Paradoxe français : au moment où la consommation alimentaire faiblit en volume et surtout se déplace vers les prix bas, c’est le débouché de la boulangerie artisanale, qui malgré des hausses de prix consommateur, soutient le mieux les ventes de la meunerie française. Le président de l’ANMF, Joseph Nicot, explique ainsi le maintien de nombreux petits moulins régionaux, voire locaux. Néanmoins, la subite volatilité du prix du blé les a fragilisés, provoquant d’importantes restructurations au niveau des plus grands et une trentaine de fermetures depuis 18 mois. Au point que la profession demande des mesures pour limiter la spéculation financière sur les matières premières.

Au sortir d’une année chahutée par la flambée puis la rechute des cours du blé, la meunerie française présente quelques signes de résistance liés en particulier au rebond inattendu de la panification artisanale. Les premiers signes de la crise se font quand même sentir sur les autres débouchés, comme l’a expliqué à la presse le président de l’ANMF (Association de la meunerie française) le 25 juin : en effet, après 5 années plutôt à la hausse, la production française de farine a baissé l’an dernier en volume de 1,3 % pour s’établir à 4,41 millions de tonnes, contre 4,47 MT en 2007 (et 4,33 M en 2005), ce qui fait de la France le troisième producteur européen de farine de blé tendre après l’Allemagne et le Royaume-Uni.
Son chiffre d’affaires s’est élevé à 2,18 milliards d’euros en 2008, contre 1,7 Md en 2007 et 1,3 Md en 2006, soit une progression de 14 % en un an qui reflète bien évidemment des hausses de prix. En réalité la répercussion de la flambée des cours du blé de la campagne précédente n’a été que partielle, selon Joseph Nicot : « les résultats financiers des entreprises montrent qu’elles ont supporté en partie ces hausses qui mettent en péril certaines d’entre elles ».

Réduire la volatilité
« En 2008, ajoute-t-il, beaucoup de moulins ont dû supporter une augmentation de prix de leur matière première, le blé, supérieure à leurs fonds propres ». En conséquence, depuis 18 mois, 25 des 100 premières entreprises du secteur ont changé de main, ce qui représente 10 % de la production, et 31 moulins ont fermé, leur nombre tombant à 451 (voir encadré).
En fait sur deux ans, la meunerie a dû faire face à une forte volatilité des cours du blé, qui est devenu sur le marché mondial une valeur spéculative, ce dont la filière est finalement victime. Habitués jusqu’en 2005 à des fluctuations de plus ou moins 10 %, les meuniers se sont vus obligés de travailler sur un marché fluctuant plutôt d’au moins 60 %.
« Le cours du blé ne doit plus être l’objet de spéculations financières sans limites, revendique le président de l’ANMF. Le marché à terme Euronext, présenté comme un des moyens de régulation des cours, ne joue pas ce rôle, car il fluctue soit sous l’influence du marché à terme de Chicago, soit sous celle des marchés boursiers. Il y a une forte corrélation entre la nervosité du marché du blé et la part d’opérateurs non commerciaux qui viennent y prendre des positions, or Euronext refuse de la publier », déplore-t-il. Et de demander que des mesures soient prises pour enrayer ces tendances néfastes : « Une exception agri-culturelle, justifiée par le caractère exceptionnel des matières premières agricoles est nécessaire, selon Joseph Nicot, pour préserver notre filière et ainsi pérenniser la régularité de l’offre alimentaire mondiale ».
Il propose trois pistes :
– le réexamen des conditions de fonctionnement d’Euronext afin d’obtenir plus de transparence et de fixer des limites de hausse et de baisse. Bruxelles se penche aussi sur cette demande conjointe de l’ANMF et d’European Flour Millers,
– l’évolution du principe de l’intervention pour permettre la constitution de stocks stratégiques à la fois nationaux et européen, d’un niveau optimal de trois mois de consommation et qui seraient utilisés pour réguler le marché,
– la réduction des barrières tarifaires à l’import comme à l’export.

Panification : le sursaut de l’artisanat
La panification reste le débouché principal de la farine sur le marché intérieur avec 65,4 % des tonnages. La quantité et la part consommées par la boulangerie artisanale ont légèrement augmenté l’an dernier, s’établissant à plus de 1,5 million de tonnes, soit près de 60 % des farines utilisées en France pour la panification. Cette tendance, qui se confirme sur les premiers mois de 2009, marque, selon l’ANMF, une évolution sur le marché du pain d’autant plus étonnante que ce circuit a dû sensiblement augmenter ses tarifs. Les artisans boulangers ont enregistré une hausse de leur activité en 2008, leurs utilisations de farine augmentant de 0,5 % après deux années de baisse (-1 % en 2007, -3,4 % en 2006).
Leur résistance contraste avec le recul, pour la troisième année consécutive, des achats des laboratoires des grandes surfaces (-1,9 % à 240 000 t), essentiellement parce que ces dernières privilégient désormais les « points chauds » par rapport aux fournils intégrés qui occupent trop de mètres carrés.
La boulangerie industrielle poursuit, elle, son développement et représente 31,6% des débouchés de la farine pani-fiable (828 000 t, en hausse de 2,2 % sur un an). Ses besoins se sont accrus notamment parce qu’elle a exporté davantage de pain (170 244 t) et elle est en grande partie aussi responsable des importations de farines dont les volumes ont bondi de 12,4 %. Devenus marginaux, les achats du « secteur public » (armée, etc.) sont encore en chute de 28 % à 1624 t, sans doute au profit d’achats de pain à la boulangerie industrielle.

Recul des autres utilisations
En dehors de la panification, les autres débouchés ont baissé de 5 % : les achats de la biscuiterie-biscotterie-viennoiserie (autour de 1 MT) reculent de 3,5 % du fait d’une baisse de la demande pour ces produits ; les ventes de sachets se stabilisent autour de 250 000 t (-0,5 %) avec de plus en plus de MDD et dans un contexte de ralentissement du marché des machines à pain ; l’alimentation animale, notamment le pet food recule de 20 %, et l’amidonnerie de 94 % car elle écrase elle-même le blé.
L’exportation, qui n’avait cessé de baisser jusqu’en 2005, a renoué avec la croissance avec 687 500 t (+5,3 %), profitant d’un manque de disponible au niveau mondial et de ce que certains Etats ont freiné leurs propres exportations. Ces ventes à l’étranger ont atteint en valeur 268 M EUR.

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