Abonné

La filière horticole mise sur la régulation climatique des villes

- - 5 min

Avec le réchauffement climatique, le regard des citadins sur les végétaux change. L’élément de décor se transforme peu à peu en outil de régulation du climat. Une évolution que la filière des végétaux d’ornements ne compte pas laisser passer.

Le retour de la nature en ville pourrait être l’avenir du végétal d’ornement. C’est l’idée forte qui est ressortie d’une table ronde sur l’économie collaborative lors du congrès de la FNPHP (horticulteurs et pépiniéristes), le 10 septembre. « Avec le réchauffement climatique, il y a une prise de conscience de la fonction écosystémique de l’arbre par les urbains. Le besoin de nature en ville est de plus en plus corrélé à la qualité de vie », déclare Jean-Marc Bouillon, concepteur paysagiste et président d’Intelligence Nature, un fonds de dotation dédié au sujet. Cette tendance a pour conséquence un changement de perception des végétaux en milieu urbain. De décoratifs, ils deviennent purificateurs d’air ou climatiseurs. Jean-Marc Bouillon a également souligné leurs rôles dans la récupération des eaux de pluies à moindre coût et leurs infiltrations.

« Il y a actuellement une surenchère sur l’arbre en ville. Le maire d’Angers en a annoncé 100 000 de plus. À Lyon, c’est 300 000 arbres qui sont promis par Gérard Collomb », s’enthousiasme-t-il. Selon lui, le développement des nouveaux modes de mobilités, comme la voiture partagée, va libérer de nombreux espaces fonciers. Ces surfaces seront alors disponibles pour l’intégration de végétaux.

Coordonner la filière

Pour François Félix, le président de la FNPHP, cette tendance de retour de la nature en ville intéresse au plus au point les professionnels du secteur. « Si nous arrivons à transmettre le message que la ville demain sera meilleure grâce à nos végétaux, c’est gagné », déclare-t-il. Le pépiniériste incite cependant la profession à rester vigilante. « Dans les années 80, nous nous sommes fait déposséder du sujet environnement par les entreprises de traitement des déchets. Sur le réchauffement climatique, nous ne devons pas louper le coche », déclare-t-il.

Selon lui, c’est toute la filière qui doit évoluer, des pépiniéristes aux paysagistes, en passant par les concepteurs d’espaces, pour proposer les végétaux et les aménagements adaptés à cette nouvelle demande. C’est justement le rôle du fonds d’investissement Intelligence Nature de donner ces clés de réussites à la filière. « Nous allons regarder toutes les études qui ont déjà pu être publiées pour en sortir les données écosystémiques qui permettront d’appréhender les végétaux à mettre en culture et comment les paysagistes devront les travailler ensuite », indique Jean-Marc Bouillon.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Reste la problématique de l’irrigation en période de sécheresse, qui est encore plus importante en ville que dans les champs. C’est l’un des principaux écueils que rencontre aujourd’hui la profession. « Nous commençons à avoir des problèmes avec des végétaux plantés depuis deux ans et qui meurent du fait des canicules et sécheresses », interpelle dans la salle Dominique Boutillon, ancienne présidente de la FNPHP. Pour Jean-Marc Bouillon, le problème de l’eau doit se résoudre en changeant les modes d’implantations. « Pourquoi continuer à planter de manière conventionnelle quand on peut planter en creux pour récupérer l’eau ? », déclare-t-il.

À Lyon, Gérard Collomb promet 300 000 arbres

La FNPHP veut reprendre la main sur les chiffres

Dans un contexte de baisse toujours importante du nombre d’exploitations horticoles et pépinières, le syndicat a pris l’initiative de publier un recueil de chiffres-clés. « Jusque-là, nous attendions les données de FranceAgrimer qui n’étaient qu’une litanie de mauvaises nouvelles. À travers ces chiffres clés, nous prenons les devants pour montrer les aspects positifs de la profession », indique François Félix. Dans les faits, les effectifs sont bien en baisse, avec 3308 entreprises de pépinières et d’horticulture en 2018 contre 3678 en 2015. « Nous sommes dans un changement d’époque. Les petites structures familiales mono-exploitant sont vouées à disparaître », assure le président de la FNPHP. Mais de manière surprenante, malgré la baisse du nombre de professionnels, le chiffre d’affaires total des exploitations horticoles et pépinières a augmenté de 60 millions d’euros lors des trois dernières années. De 1,58 en 2015, il s’affiche à 1,64 milliard d’euros en 2018. « La tendance montre que la baisse de volume est plus importante que celle en valeur du fait de la montée en gamme », indique François Félix. Pour le président de la FNPHP l’inquiétude vient maintenant du rapprochement des acteurs de la distribution, notamment avec le rachat de Jardiland par InVivo.