Abonné

Patrick Bénézit, président de la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) « La filière a les outils en main pour enrayer la décapitalisation »

- - 3 min

Afin de lutter contre la décapitalisation, le nouveau président de la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA), Patrick Bénézit, plaide pour des contrats basés sur les indicateurs interprofessionnels de coûts de production.

Quelle est votre analyse des causes de la décapitalisation ?

La principale cause de la décapitalisation est le manque de rentabilité des élevages. C’est pourquoi ce sujet des prix et de la rémunération des producteurs va rester la priorité n°1 de la FNB. Depuis que l’Observatoire des prix et des marges existe (en 2010, NDLR), les coûts de production en bovins viande n’ont jamais été couverts (1). Le scénario qui se dessine est très inquiétant : la France a déjà perdu 840 000 vaches en six ans, et on va largement dépasser le million à la fin de l’année.

Les difficultés économiques sont accentuées par des phénomènes d’autre nature : l’attrait des agriculteurs pour des productions plus rentables, la démographie et enfin les changements climatiques qui poussent les éleveurs à ajuster leur cheptel aux capacités fourragères de leur exploitation. Ceux qui le peuvent, même jusqu’à améliorer leur autonomie alimentaire en implantant des céréales pour éviter d’acheter de l’aliment. Mais, à surface constante, faire ses céréales soi-même est synonyme de moins d’animaux.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

coûts de production
Suivi
Suivre

La décapitalisation est donc bien multifactorielle…

Le facteur économique est quand même celui qui prédomine : si vous avez la rentabilité, vous trouvez des gens pour reprendre les troupeaux, vous gérez moins finement l’autonomie fourragère, etc. Pour les jeunes qui s’installent, il est plus facile de décrocher un emprunt à la banque avec des contrats qui couvrent les coûts de production.

Comment enrayer l’érosion du cheptel allaitant ?

Il faut faire en sorte que les éleveurs soient rémunérés à hauteur de leurs coûts de production, dans le cadre des règles édictées par les lois EGA (2). Plus vite les choses se mettront en place, plus vite on stoppera l’hémorragie. Sinon la décapitalisation risque de provoquer des restructurations dans le reste de la filière, comme le montre le récent cri d’alarme de Culture Viande. Dans les discours, tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut protéger les producteurs et leur donner des perspectives – y compris ceux qui disaient le contraire il y a un an –, car aujourd’hui tout le monde court après les vaches. Être pour, c’est une chose, appliquer les coûts de production en se basant sur les indicateurs interprofessionnels, c’en est une autre. Les contrats à l’ancienne qui garantissent seulement que l’éleveur vendra ses animaux, personne n’en veut. Aujourd’hui, la filière a les outils en main pour offrir des perspectives aux agriculteurs et enrayer la spirale de la décapitalisation.

« Les contrats à l’ancienne qui ne garantissent que des volumes, personne n’en veut »