Abonné

Grippe aviaire La filière souffrait déjà avant la crise

- - 4 min

L’épizootie de grippe aviaire a frappé une filière avicole déjà en difficulté en France depuis plus de cinq ans. Les résultats de l’industrie de transformation en sont d’ailleurs un reflet assez fidèle, comme le montre la dernière étude d’Agreste.

La baisse des ventes qui affecte la filière avicole depuis l’épizootie de grippe aviaire ne fait qu’accentuer des difficultés remontant en réalité à 1999. Après une période faste de forte croissance, la production avicole française diminue depuis cette date, note le service statistique du ministère de l’Agriculture dans le bulletin Agreste Primeur d’avril. Elle pâtit de la concurrence des pays tiers tandis que la consommation intérieure est atone depuis 2003. Hormis la filière du canard gras, tous les secteurs avicoles sont concernés. Pour s’adapter, les éleveurs ont procédé à de fortes réductions de leur capacité de production. Et dans les cinq dernières années ils ont procédé à une réorientation partielle de leur activité vers l’élevage sous label.

L’impact de la baisse des restitutions

De 1980 à 1998, on a assisté à un doublement de la production de volailles qui, toutes espèces confondues, a atteint alors 2,3 millions de tonnes équivalent carcasse. Cette expansion a été suivie depuis d’une régression quasi constante hormis pendant la deuxième crise de la vache folle (2000-2001). Les ventes à l’étranger, qui ont été le principal moteur des années de développement, souffrent en effet depuis 1998 des accords du Gatt qui ont diminué les restitutions à l’exportation. A cette date, les marchés étrangers absorbaient 40% de la production française de volailles, moitié à destination de l’Europe, moitié pour les pays tiers. En 2005, cette proportion n’est plus que de 35% pour une production inférieure à 2 MT. La baisse touche en priorité le Moyen-Orient, car l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, de même que la Russie se tournent alors vers les productions brésiliennes ou thaïlandaises. Les débouchés communautaires se contractent aussi, parce que les volailles des pays tiers se vendent mieux au Royaume-Uni ou en Allemagne. Dans le même temps, les importations connaissent une lente progression et en 2005, les exportations sont en volume deux fois et demi supérieures aux importations. Elles étaient trois fois plus importantes en 2004, cinq fois en 2000 et près de quinze fois en 1980.

Un avantage prix qui s’amenuise

En parallèle, le marché intérieur avait progressé sans interruption depuis au moins trente ans pour atteindre un maximum de 1,5 million de tonnes. Le consommateur a en fait profité de la remarquable stabilité des prix des volailles, contrairement aux viandes de bœuf et de porc. L’avantage en matière de prix disparaît vers les années 2000. En 2002 et 2003, après avoir été dopée en 2001 par la désaffection pour la viande bovine, la consommation de volailles s’est mise à baisser et elle s’est stabilisée en 2004 et 2005 légèrement en-dessous de son niveau de l’année 1998.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

concurrence
Suivi
Suivre
consommation
Suivi
Suivre

Toutes les espèces, à l’exception du canard, sont touchées par le recul de leur production entre 2000 et 2005 : -9 % pour les poulets, -26 % pour les dindes, dont l’élevage avait connu la plus forte croissance depuis le début des années 80. De plus, les éleveurs de dindes ne produisent guère sous labels, alors que ceux-ci ont constitué une alternative appréciable pour les producteurs de poulets.

L’adaptation aux nouvelles conditions du marché donne lieu à de multiples stratégies. Pour les poules pondeuses, la plupart des éleveurs cherchent des économies de coûts en agrandissant leurs bâtiments. Au contraire pour les poulets standards, le choix s’impose de les réduire tandis que les productions sous signes de qualité se développent.

Une industrie entrée dans le rouge

Ce qui est arrivé en amont de la filière ne pouvait pas ne pas affecter aussi l’industrie de transformation. Depuis 1998, le taux d’exportation des 164 entreprises d’abattage-découpe ne cesse de diminuer, passant de 27 % de leur chiffre d’affaires à 18 % seulement en 2004. La rentabilité du secteur de l’abattage et de la découpe de volailles, qui était supérieure à celle des entreprises de viandes de boucherie avant 2002, se situe en-dessous désormais. La dégradation est telle pour ces entreprises que le résultat courant avant impôts ne représente plus en moyenne en 2004 que 0,3% du chiffre d’affaires contre 3,3% en 2001. Et en 2004, le secteur est le seul de l’ensemble de l’industrie agroalimentaire à avoir un résultat net comptable négatif.