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EE/Sucre La filière sucre gagne en compétitivité mais perd beaucoup d’emplois

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Les entreprises sucrières européenne ont vu leur compétitivité s’améliorer considérablement avec la réduction des quotas de production de sucre, mais cette tendance s’est toutefois accompagnée d’une réduction du nombre d’usines et de pertes d’emplois très importantes dans l’agriculture et l’industrie sucrière. C’est là une des principales constatations que l’on peut relever dans une évaluation des effets de la réforme de l’OCM « sucre » de 2006 que la Commission européenne vient de rendre publique (1).

L’étude commanditée par la Commission européenne sur les effets de la réforme du secteur sucrier de 2006 note que concernant l’amélioration de la compétitivité, la réforme a dans l’ensemble été assez efficiente à la fois aux niveaux agricole et industriel. Elle attribue cette performance au régime de restructuration du secteur qui reposait sur une approche « carotte et bâton ». L’étude confirme une accélération des fermetures d’usines de production, laquelle a conduit à une augmentation de la production moyenne par usine dans l’UE à 15, celle-ci passant de 121.000 tonnes/an en 2004/2005-2005/2006 à 165.000 tonnes en 2008/2009-2009/2010. Les auteurs de l’étude considèrent que le niveau de concentration du secteur peut être considéré comme un indicateur de l’efficacité des actions destinées à améliorer la compétitivité mises en œuvre par les entreprises. À l’échelle des pays, une croissance assez importante de la concentration a pu être mesurée, notamment le renforcement des positions de la France et de l’Allemagne. À l’échelle des entreprises, la structure était et demeure celle d’un oligopole relativement déséquilibré, mais les marges des principales entreprises du secteur devraient s’être légèrement accrues après la réforme.
Dans ce cadre, certaines entreprises qui ont totalement ou partiellement abandonné leur quota ont maintenu leurs parts de marché (et leur portefeuille de clients) en maintenant leur activité d’emballage/distribution de sucre, sucre désormais acheté aux autres entreprises. D’autres sociétés, parmi celles qui ont continué la production de sucre, ont diversifié et/ou mis en place des stratégies de valorisation de leurs coproduits, améliorant ainsi leur efficience globale et donc leur rentabilité.

Structure de l’industrie et répartition géographique
La réduction des quotas s’est accompagnée d’une réduction du nombre d’usines, de 179 en 2005/2006 elles sont passées à 106 en 2009/2010 au niveau de l’UE à 27, soit une réduction de 41 % des usines en production en 2005/2006. Néanmoins, l’étude note que la restructuration du secteur est un processus continu dans le secteur, que la réforme a contribué à accélérer : dans l’UE à 15, quelque 5,8 usines étaient fermées chaque année entre 2000/2001 et 2005/2006 alors qu’elles étaient en moyenne 10,5 pendant la période de réforme. Dans l’UE à 15, la réforme a contribué à accélérer la fermeture des usines de capacité moyenne à basse et moyenne (5 000-12.000 t/jour), sans fermeture des usines plus importantes. Dans les nouveaux États membres, notamment en Pologne, la réforme a affecté des usines plus petites, toujours très nombreuses au moment de la réforme. Par ailleurs, les mesures de restructuration ont contribué à la concentration de la production dans les principaux États membres producteurs : la part de marché de la France et de l’Allemagne est passée de 43 % de la production européenne à 52 % en moyenne.

Hausse du nombre de raffineries
La suppression des protections dont les raffineries à temps plein traditionnelles bénéficiaient a permis un accroissement du nombre de raffineries à temps plein, de sept avant la réforme, elles sont passées en effet à onze en 2011, dont six sont de nouvelles raffineries. Ceci a également modifié la répartition géographique de la production, avec l’apparition de structures de raffinage dans des Etats membres où il n’y avait pas d’activité auparavant (par exemple au Danemark, en Espagne et en Italie). Pour s’adapter au nouveau cadre, dans lequel les importations de sucre devaient augmenter, les raffineries ont augmenté leur capacité de production : dans l’UE à 25, la capacité de production des raffineries à temps plein a ainsi augmenté de 58 %.

Une hécatombe dans l’emploi agricole et industriel
La fermeture de 41 % des usines de sucre a inévitablement mené à d’importantes pertes d’emploi : d’après les données du Comité européen des fabricants de sucre (CEFS), l’emploi dans le secteur a chuté de 44 % passant de 50 000 employés en 2005/2006 à 28 000 en 2009/2010. L’étude note cependant qu’au moins la moitié de ces emplois aurait été perdue même sans la réforme au cours de cette période ou plus tard, étant donné que le processus de restructuration est continu dans l’industrie du sucre. Toujours est-il que la réforme du secteur a fortement accéléré la perte d’emploi.
Par ailleurs, même si les effets de la réforme n’ont pas pu être évalués de manière précise, l’analyse montre que le plan de restructuration du secteur n’a pas prévu de mesures sociales au-delà des obligations nationales. En conséquence, affirme l’étude, « l’efficacité du régime est vraisemblablement limitée ». En effet, les mesures d’accompagnement mises en place dans les entreprises n’ont pas été très différentes de celles qui auraient été mises en œuvre en dehors de la PAC.

(1)La période étudiée s’étend de 2006 à 2011 et couvre l’ensemble de la filière (secteurs agricole et industriel, raffineries et producteurs d’isoglucose). Si les 27 États membres de l’UE sont concernés, l’analyse se concentre toutefois sur les six pays où des études de cas ont été conduites (Allemagne, Finlande, France, Italie, Pologne et Royaume-Uni).

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