Lors du 6e symposium international du veau, entre les visites d’élevage et les conférences, c’est bien la qualité du jeune veau qui a été l’un des thèmes majeurs d’échange entre les professionnels.
La question de la valorisation du petit veau a été au cœur des échanges lors du 6e symposium international du veau, les 25 et 26 avril. Ainsi Thierry Laurent, vétérinaire, a rappelé la fragilité immunitaire du veau de son départ de l’exploitation laitière pour aller vers le centre d’allotement. Il a également évoqué l’importance de donner le colostrum, premier lait après la naissance qui transmet une partie de l’immunité, au jeune veau. « Un échec du transfert d’immunité multiplie par huit le risque de maladie et par cinq le taux de mortalité », soulignait-il. Il s’agit également d’éviter les contaminations pour le jeune veau, notamment par le nombril, porte d’entrée dans le corps pour les bactéries. Quel besoin avait donc Thierry Laurent de redonner ces éléments de techniques d’élevage de base dans un colloque à vocation internationale ? La réponse se trouve dans la bouche de Charlotte, éleveuse de veau dans les Côtes d’Armor, sur une exploitation laitière : « Maintenant le veau, après la naissance, on ne le voit plus. On le met dans une case et on attend qu’il parte. On se spécialise dans le lait ». Elle évoque les difficultés de la production laitière, notamment ces deux dernières années et l’optimisation au maximum de l’exploitation, avec une séparation des activités comme l’élevage des génisses. « Dans le lait, on est dans un discours de survie », explique-t-elle.
Le veau, un sous-produit du lait
Le veau est devenu un sous-produit du lait que les éleveurs ne cherchent pas à valoriser, quitte à « oublier » d’effectuer des vérifications de base. Charlotte évoque un prix trop bas du jeune veau de l’ordre de 20 €, voire de 80 €, mais qui ne rentabilise pas les efforts fournis durant les 14 premiers jours de vie. Marie-Andrée Luherne, membre du bureau de la Fédération des producteurs de lait (FNPL), pose clairement le problème en public : « Les veaux ne partent pas chers. Le prix couvre parfois à peine le prix de l’insémination. Votre filière peut aussi se sentir en danger avec la crise laitière ». Elle évoque une relation « donnant-donnant » avec un retour financier sur les soins apportés au jeune veau. Fabien Cornen, directeur des achats chez SVA Jean Rozé, dément : « Les prix sont bas en période d’excès d’offre. Le veau est une production à forte saisonnalité. En ce moment, les prix pour un bon veau sont de l’ordre de 180 €. Les soins apportés au veau payent. » Pour lui, le sujet sera clos lorsqu’il y aura une contractualisation entre les acteurs ou un cahier des charges à respecter. Le sujet est en discussion entre Interveau et la FNPL. Henk Bekman, secrétaire générale de la Stichting Brancheorganisatie Kalvesector, a témoigné d’ailleurs dans ce sens, expliquant les liens qui unissaient les deux filières dans son pays.
Bien-être animal et alimentation lactée
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La bonne santé du jeune veau est un élément de performance pour les éleveurs de veau, mais aussi pour diminuer la consommation d’antibiotiques. Le sujet a aussi été longuement abordé. « Réduire la consommation d’antibiotiques passera par la qualité du petit veau », rappelle Marc Butruille, président du syndicat de la vitellerie française (SDVF). Il imagine « un intéressement de l’éleveur naisseur en fonction de la performance des veaux » à l’engraissement et regrette « un manque de relation avec la filière laitière ». Marie-Andrée Luherne s’est dans ce sens également questionnée quant à l’utilisation de la poudre de lait dans les élevages. Thomas Billé, directeur général adjoint Pôle feed chez Laïta, constatait effectivement « une baisse de 15 % des produits laitiers dans la ration du veau en 7 ans ». En cause, la nécessité de rajouter des fibres (paille souvent) afin de limiter les comportements anormaux de l’animal. Les stéréotypies comme les jeux de langues, le grignotage des oreilles et des queues ou le fait de boire l’urine d’un congénère représentent encore 15 à 35 % du temps des animaux en lot. « Une alimentation fibreuse permet de baisser ces comportements anormaux en stimulant l’activité buccale », explique Thomas Billé. Dans un contexte d’excédent d’offre de lait et de montée des réflexions sociétales sur le bien-être animal, la conduite des élevages de veau à l’engrais soulève donc encore beaucoup de questions, même parmi les professionnels.
Le Canada a été très présent dans les échanges au 6e Symposium international du veau à La Baule
Plusieurs membres de la filière veau du Canada ont pris la parole sur différents thèmes lors du 6e symposium international sur le veau, organisé par la France, à La Baule, le 25 avril. Ainsi Jean-Philippe Deschênes-Gilbert, directeur général des Producteurs bovins du Québec, a présenté la filière canadienne en parallèle de la filière française. Si en France, le veau se définit par son âge (moins de 8 mois), au Canada, c’est son poids carcasse qui définira ce statut (168 kg pour les veaux de grains et 120 kg pour les veaux de lait). C’est au Québec et en Ontario que se trouve l’essentielle de la production, selon lui. Une production plutôt récente qui date des années 1970-1980 dont les méthodes sont très similaires à celles de la France. « Au Canada, il y a une méconnaissance des pouvoirs publics quant à la création d’emploi par cette filière », soulignait Jean-Philippe Deschênes-Gilbert, à l’inverse de la France, selon lui. Plus d’une vingtaine d’éleveurs canadiens étaient présents au symposium, notamment sur les visites d’élevages, le 24 avril.